Complémentaire

En principe, la relation de complémentarité est une relation réciproque. Si A est complémentaire de B, cela implique que B est, de la même façon, complémentaire de A. Tous les élèves qui découvrent ce mot en classe de 5e ou 4e quand ils abordent en cours de math la notion d'angles complémentaires le savent. Ou en cours de dessin, quand ils apprennent que le rouge et le vert sont des couleurs complémentaires.

Mais, à cet âge, ils ont déjà intégré que la logique de la langue parlée à l'école n'était pas la même que celle du français courant, le leur et celui de leurs parents, aussi, quand ils entendent dire à la radio qu'à partir d'aujourd'hui, en Tunisie, la femme pourrait être complémentaire de l'homme, ils comprennent tout de suite que la réciproque de cette assertion est fausse : l'homme véritable ne saurait être complémentaire de la femme, il existe en lui et pour lui, dans une ipséité ontologique qui lui permet, selon ses besoins, ses humeurs, de rechercher ou non des compléments, comme il lui arrive de prendre des compléments alimentaires pour enrayer la chute de ses cheveux ou assurer son bien-être intestinal. Après tout, le dictionnaire de l'Académie française ne définissait-il pas jusqu'à sa 8e édition la femme comme la femelle de l'homme ?

Fils ou fille, né du ventre d'un complément, l'enfant saura reproduire dans sa vie future, jusqu'à la couleur de son drapeau, cette non transitivité de la relation de complémentarité, et qu'importe si cette absurdité l'éloigne un peu davantage d'une logique mathématique dont se moquent les couleurs de l'illusion.

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