Métaphores et métonymies éculées

Tout a déjà été dit dans cette édition et ailleurs sur les Kens  et les Barbies © de l’information télévisée en continu, petites marionnettes décérébrées aux ordres de rédactions particulièrement réactionnaires dont le but n’est pas l’information, mais la manipulation. Le fond de l’information — mais comment appeler information un enchevêtrement et une hiérarchisation de nouvelles qui ont autant de rapport avec l’information que le hamburger avec la gastronomie ? — demeure le même : alors que le monde s’enflamme, les bulletins commencent inexorablement par les résultats de football, puis, bien sûr, les rumeurs sur le retour du « chef de bande organisée ». Choix éditorial qui confirme que nous sommes dans une république bananière et qui va bientôt faire entrer ce misérable petit monde dans le livre des records. Dans quelle autre démocratie occidentale des media suscitent-ils un engouement pour le retour d’un individu qui doit rendre des comptes à la justice dans sept affaires distinctes ?

 

A l’absurdité du fond s’ajoute l’inanité de la forme. Les jeunes présumés journalistes cités plus haut ont pris l’habitude d’utiliser des figures de style totalement artificielles, que personne n’utilise dans la vie quotidienne. Ainsi, une réunion de chefs d’état s’accompagne inévitablement du « ballet des hélicoptères ou des limousines ». S’il s’agit d’un accident ce sera sans aucun doute « le ballet des ambulances », auquel cas « l’émotion est palpable » évidemment. Après avoir entendu ces métaphores et ces métonymies de bas-étage, la légitime question que l’on peut se poser devant un tel formatage est : qui diable parle ainsi ? A la dernière manifestation à laquelle vous avez participé y-avait-il « un ballet de CRS » et « l’émotion était-elle palpable » ? Pathétique et consternant !

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