De la société des chevaux

Nous devrions tirer des leçons de notre connaissance du modèle sociétal des chevaux

Dans la peau d'un cheval de Camargue - ZAPPING SAUVAGE © Zapping Sauvage

Nous partageons un point commun avec les chevaux : comme eux, nous vivons en société. Mais une différence nous distingue du modèle sociétal des chevaux : leur société est matriarcale tandis que la nôtre est patriarcale !

La société des chevaux

Le groupe est constitué, comme chez les éléphants, par une majorité de juments, filles, cousines, tantes, accompagnées de leurs enfants, mâles ou femelles.

Comme chez les éléphants, la société des chevaux a un chef, une femelle, le plus souvent une vieille jument expérimentée.

C'est elle qui guide le troupeau dans l'organisation de la vie de tous les jours. C'est elle qui décide du terrain où le troupeau ira brouter, elle qui choisit le chemin par lequel on passera, où et quand on ira s'abreuver, le lieu où l'on se roulera par terre, l'endroit où l'on se couchera pour se reposer.

C'est elle qui choisira les meilleurs endroits pour se protéger des grands vents ou des fortes chutes de neige.

C'est elle qui protège le groupe en déclenchant le moment pour s'enfuir et la direction à prendre en cas de danger.

Par son attitude paisible, elle participe au climat serein général qui est la règle. Si vous regardez un troupeau de chevaux, presque toujours, vous verrez des animaux calmes, en train de brouter. Ce qu'ils font environ 16 heures par jour !

L'autorité de la matriarche est reconnue, non pas en raison de sa force mais en raison de son expérience. Ayant assimilé l'idée qu'elle est la plus à même d'assurer la survie et la bonne entente du groupe, les membres de la communauté lui font confiance et lui obéissent "naturellement", spontanément. Il existe donc une hiérarchie au sein du groupe. Une hiérarchie établie sur la base de l'expérience et de la sagesse, jamais sur la force.

Certes, dans certaines circonstances particulières, quand elle perçoit qu'une erreur est commise, la matriarche peut faire preuve d'agressivité : se ruer sur le fautif, le mordre au garrot. Mais, la plupart du temps, le simple positionnement de ses oreilles en arrière suffit à faire passer le message.

La jument dominante encourage le grooming (mordillement réciproque du garrot). Une manière de renforcer les liens au sein du groupe. Exactement comme chez les chimpanzés avec l'épouillage ! Tout au long de la journée, les chevaux échangent : mouvements des oreilles, grognements, hennissements, contacts des encolures, reniflement des naseaux. Tout le monde connait tout le monde.

Après avoir mis bas, toujours à l'écart, la jument vient présenter le nouveau venu. Le groupe le renifle, s'imprègne de cette nouvelle odeur, l'intègre.

grooming-doux

 

Un étalon mature accompagne la troupe. Son rôle se limite à empêcher tout autre étalon mature de s'approcher. C'est lui qui saillit les juments. Il joue aussi un certain rôle protecteur, non essentiel mais utile. Quand on regarde un groupe de chevaux, il peut être malaisé de voir où se trouve l'étalon. Il occupe même parfois une position un peu isolée.

Le plus souvent, les juments ne sont en chaleur que durant une courte période, celle qui suit la mise bas du poulain : les périodes d’excitation sexuelle sont courtes.

Dès qu'un poulain mâle (étalon) a atteint sa maturité sexuelle, vers 1 1/2 ans, il est chassé du groupe, exactement comme chez les éléphants. On rencontre donc des petits groupes de jeunes étalons, vivant leur vie, entre eux. C'est l'un des leurs qui, un jour, à l'occasion d'une sorte de duel, essayera de prendre la place de l'étalon accompagnant le groupe des juments.

Wild Horses Fighting © RunWildMustang NV

Ainsi, en dehors des rares moments de tension, la société des chevaux vit dans le calme. Les chevaux ne sont pas des prédateurs, ils ne sont pas agressifs par nature, au contraire. En cas de danger, leur réaction naturelle est la fuite : ils échappent ainsi le plus souvent à leurs prédateurs éventuels (loups par exemple).

En Afrique, les zèbres, sont amenés à rencontrer de nombreux prédateurs (lions, hyènes,...). On observe alors des réactions de défense : un zèbre peut foncer sur un lion, lui décocher une ruade. Le groupe peut se rassembler, serrés l'un contre l'autre, un peu comme chez les buffles.

Réflexions

Que retenir de tout cela ?

Il existe des sociétés fonctionnant sur le mode matriarcal (Chevaux, éléphants, bonobos, cachalots,...). Ces sociétés sont caractérisées par des relations sociales apaisées. Quand l’agressivité ou/et la violence s'y rencontrent, c'est toujours sur des courtes périodes, jamais dans la durée.

La préoccupation première semble se résumer à la recherche de nourriture et au simple plaisir à vivre ensemble en "société" : partager, échanger, jouer, se rassurer l'un l'autre, enseigner !

Ce modèle sociétal existe depuis des millions d'années. Il a fait ses preuves. Il apporte la confirmation qu'il est possible de vivre en groupe, au milieu d'autres espèces, en basant les relations aux autres en recourant à une agressivité toujours occasionnelle.

Ce modèle sociétal respecte les lois darwiniennes de l’Évolution : c'est l'étalon le plus fort qui transmettra ses gènes et c'est la "culture" transmise par la jument dominante qui transmettra les meilleurs façons de se comporter dans la nature ! La société des chevaux n'est pas un société Bisounours : de la violence existe pour la désignation de l'étalon le meilleur et une certaine violence existe chez la matriarche pour exercer son autorité. Ceci dit, une fois les règles reconnues et acceptées, les journées s'écoulent dans le calme !

°°°

L’Histoire de l'humanité montre que, au fil de milliers d'années, nos sociétés ont tendance à aller dans ce sens d'une importance croissante accordée à l'empathie et à la négociation plutôt qu'au recours systématique à la guerre et à la violence.

Tout se passe comme si la connaissance faisait passer progressivement nos réactions d'un mode violent à un mode relationnel plus serein.

Du recours à la violence, assez caractéristique des sociétés patriarcales, nous évoluons : ONU, TPI, Croix-Rouge, traités en témoignent.

En accordant de plus en plus de place aux femmes, nos sociétés évoluent aussi vers moins d'agressivité.

L'autorité de la force brutale s'accorde de plus en plus à la reconnaissance d'une autorité basée sur l’expérience et la sagesse,... comme chez les chevaux !

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.