Festival de Biarritz 2020 : "Se escuchan audillos" de Julio Hernández Cordón

Le cinéaste Julio Hernández Cordón propose à sa fille Fabiana, 15 ans, de jouer le rôle principal de son nouveau film qui se déroule à Texcoco où il a vécu enfant. L’adolescente participe ainsi à la mise en scène de l’enfance de son père, partant par la même occasion dans un voyage aux origines mexicaines préhispaniques.

"Se escuchan audillos" de Julio Hernández Cordón © DR "Se escuchan audillos" de Julio Hernández Cordón © DR
Film en compétition long métrage de la 29e édition du Festival Biarritz Amérique Latine 2020 : Se escuchan audillos de Julio Hernández Cordón

Après avoir fait jouer sa fille cadette dans Cómprame un revólver (2018), Julio Hernández Cordón propose à son aînée adolescente le rôle principal de Se escuchan audillos. Le cinéaste le plus punk et expérimental du cinéma mexicain, se livre alors à un exercice d’introspection où sa propre fille découvre les secrets de l’enfance et adolescence de son propre père. Inutile ici de mettre en scène un décor qui signifie un déplacement dans le temps : il suffit de se retrouver dans les lieux de mémoire pour invoquer le passé d’un père soucieux de transmettre la réalité de sa propre expérience de l’adolescence. Un seul acteur professionnel (l’énergique et inventif Francisco Barreiro) jouant au moins 8 rôles distincts, prend en charge le développement de la fiction, tandis que des scènes documentaires de témoins du présent donnent des clés pour accéder aux origines préhispaniques. Les nombreux récits se téléscopent, se répondent et se complètent dans une liberté d’expérimentation de la narration toujours fascinante chez Julio Hernández Cordón, qui invente sans cesse de nouveaux dispositifs de mise en scène pour répondre au défi d’une production minimaliste dans une pure indépendance. Ainsi, en jouant les personnages masqués chuchotant à sa propre fille son texte devant la caméra, il met en scène les esprits qui connectent les personnages à une culture passée toujours vivante, d’une génération à une autre, à l’instar de l’usage de la langue originaire nahuatl invoquant un récit mythologique d’une divinité aquatique.
Dès lors, les lectures sont multiples au fil des couches d’interprétation que contient le film, dans un rapport ludique que le cinéaste entretient aussi avec sa propre fille qu’avec le spectateur. Ce qui n’empêche nullement, bien au contraire comme toujours dans les films de Julio Hernández Cordón pour son huitième long métrage, de construire un film avec une direction de la photographie d’une extrême précision, inventive dans ses mouvements et choix d’angles, comme dans la composition de ses cadres.

 

 

cartel
Se escuchan audillos
de Julio Hernández Cordón
Fiction
70 minutes. Mexique, 2020.
Couleur
Langues originales : nahuatl, espagnol

Avec : Fabiana Hernández Guinea, Francisco Barreiro, Julio Hernández Cordón, Graciela González, Alejandra Estrada
Scénario : Julio Hernández Cordón
Images : Jaiziel Hernández
Montage : Rodrigo Ríos
Musique : Alberto Torres
Son : Mauricio López
Production : Un Beso (Daniela Leyva Becerra Acosta & Andrea Toca), Francisco Barreiro, Julio Hernández Cordón

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