Festival de Biarritz 2019 : "La Llorona" de Jayro Bustamante

Responsable génocidaire au Guatemala, le général à la retraite Enrique Montt commence à entendre la nuit venue les pleurs de La Llorona lui rappelant ses victimes.

"La Llorona" de Jayro Bustamante © DR "La Llorona" de Jayro Bustamante © DR
Film en compétition long métrage de la 28e édition du Festival Biarritz Amérique latine 2019 : La Llorona de Jayro Bustamante

Jayro Bustamante signe ici le troisième volet de son triptyque consacré aux identités objets de haine au Guatemala : après le monde indien avec Ixcanul, l'homosexualité dans Tremblements (Temblores), dans La Llorona c'est l'intitulé « communiste »derrière lequel ont été massacrés les opposants explicites ou implicites au régime militaire au Guatemala dans un passé récent. Tout en poursuivant à travers un parti pris esthétique fort la dénonciation de l'intolérance criminelle qui a cours depuis plusieurs décennies au Guatemala, Jayro Bustamante convoque ici les codes du cinéma fantastique en utilisant par ailleurs une figure iconique des légendes horrifiques latino-américaines. Pour cela, il ne lui est pas nécessaire de faire appel aux effets spéciaux mais d'appuyer sa mise en scène sur un développement du hors-champ sonore et une photographie aussi fluide dans ses mouvements de caméra que dans la composition de chacun des plans grâce au toujours très inspiré chef opérateur Nicolás Wong.
Le récit est porté trois personnages représentant trois générations de femme dans une même famille auxquelles sont associées des femmes indiennes à leur service, ce qui témoigne aussi d'une lutte entre les classes sociales en jeu dans un massacre de la population civile dont la majorité était d'origine indienne.
L'histoire est inspiré de l'histoire vraie du procès du général et ex-président Efraín Ríos Montt condamné en 2013 pour génocide et crimes contre l’humanité et dont la sentence, deux semaines plus tard, a été annulée.
Pour dénoncer l'impunité des généraux génocidaires au Guatemala, Jayro Bustamante saisit la force du cinéma classique d'horreur avec sobriété et efficacité, dans un huis clos où les seules échappées sont des cauchemars qui permettront une prise de conscience de personnes dans le déni du génocide.

 

 

La Llorona - Trailer © Giornate degli Autori
La Llorona
de Jayro Bustamante
Fiction
97 minutes. Guatemala, France, 2019.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : María Mercedes Coroy (Alma), Sabrina De La Hoz (Natalia), Margarita Kenéfic (Carmen), Julio Diaz (Enrique), María Telón (Valeriana), Juan Pablo Olyslager (Letona), Ayla-Elea Hurtado (Sara), Pedro Javier Silva Lira (l'officier de police)
Scénario : Jayro Bustamante
Images : Nicolás Wong
Montage : Jayro Bustamante, Gustavo Matheu
Musique : Pascual Reyes
Son : Eduardo Cáceres Staackmann
Décors : Sebastián Muñoz
Production : La Casa de Producción, Les Films du Volcan
Producteurz : Jayro Bustamante, Gustavo Matheu
Coproducteurs : Marina Peralta, Georges Renand
Producteur associé : Herminio Gutiérrez
Distributeur (France) : ARP Sélection

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