La question Mapuche de l’alternative économique en deux films

En deux documentaires séparés d’une décennie, deux réalisateurs français suivent la lutte de la population Mapuche pour avoir le droit de vivre de leurs terres exploitées par des multinationales minière et forestière.

"Retour en terre mapuche" de Christophe Coello et Stéphane Goxe © C-P Productions "Retour en terre mapuche" de Christophe Coello et Stéphane Goxe © C-P Productions
Au sujet de l’édition DVD : Mari Chi Meu et Retour en terre mapuche de Christophe Coello et Stéphane Goxe

Dans cette édition DVD sont réunis les deux films documentaires que Christophe Coello et Stéphane Goxe (Attention danger travail, Volem rien foutre al païs) ont consacré à la découverte de la lutte des Mapuches contre les multinationales qui les ont dépossédés de leurs terres avec l’appui du gouvernement chilien. Les deux réalisateurs avaient eu à plusieurs reprises l’opportunité de documenter la réalité chilienne mais ne connaissaient pas encore la réalité politique des Mapuches que l’État chilien aimerait voir disparaître au profit de l’économie internationale d’entreprises prédatrices ne respectant ni les droits de l’Homme ni l’environnement. Mari Chi Meu réalisé à la fin des années 1990 a le mérite d’offrir à la connaissance de la communauté internationale la lutte méconnue de toute une communauté qui représente 10% de la population totale d’un pays, le Chili, qui méprise totalement ses droits, en suivant en cela la tradition néocoloniale de l’exploitation des ressources locales. Sauf que le film n’a pas eu l’audience qu’il méritait et les réalisateurs une décennie plus tard ont souhaité donner une nouvelle visibilité aux Mapuches. De la lutte et de l’exposition de la revendication des Mapuches, en 2010 ceux-ci ont été marginalisés et systématiquement criminalisés avec l’appui d’un nouveau statut politique de condamnation : le terrorisme, sous la présidence de Michelle Bachelet, officiellement de gauche et qui poursuivait à l’égard des Mapuches la politique de répression menée durant la dictature.

Les Mapuches revendiquent le droit de jouir de leurs terres de manière communautaire, sans enjeu d’exploitation des ressources, ce qui immédiatement fut condamné par l’idéologie d’un pays dirigé par le néolibéralisme triomphant des intérêts privés d’entreprises étrangères.

Les deux films suivent humblement les femmes et les hommes en lutte pour protéger leur autodétermination et leur philosophie de vie, amenant ainsi progressivement à comprendre que tout un pays criminalise ses concitoyens pour une logique qui va à l’encontre d’une idéologie économique qui ne fait aucun cas d’alternatives sociétales. Il suffit ici de recueillir ces paroles, opposées aux images de violentes répressions pour comprendre les logiques mises en place. La lutte de cette communauté qui fonde ses origines bien avant l’arrivée des colons européens, s’inscrit sur le long terme et évolue ici d’une génération à l’autre pour répondre aux violences d’État qui connaissent encore ces dernières années un parcours des plus inquiétants. Les manifestations de la fin 2019 au Chili de toute une population chilienne méprisée toujours plus étendue fait directement écho à la question des décennies précédentes posée par les Mapuches. Une réalité toujours en devenir questionnée récemment avec perspicacité dans le cinéma de fiction par la réalisatrice mapuche Claudia Huaiquimilla avec son film Mala junta (2016).

 

 

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Mari Chi Meu (Dix fois nous vaincrons)
de Christophe Coello et Stéphane Goxe

France, 2000.
Durée : 62 min

 

Retour en terre mapuche
de Christophe Coello et Stéphane Goxe

France, 2011.
Durée : 82 min


Couleur
Langues : français, espagnol - Sous-titres : français, espagnol.
Éditeur : C-P Productions / Un pas de côté

Bonus :
Livret de 16 pages

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