IFFR 2020 : "Piedra sola" d'Alejandro Telémaco Tarraf

Dans les hautes terres andines du nord de l’Argentine, une communauté d’éleveurs de lamas vit isolée à 4000 mètres d’altitude, au rythme de ses rituels et de ses connexions au monde. La mort d’un lama remet en cause l’équilibre et pousse un homme à renouer avec ses ancêtres.

"Piedra sola" d’Alejandro Telémaco Tarraf © DR "Piedra sola" d’Alejandro Telémaco Tarraf © DR
Présenté pour la première fois en compétition à l'International Film Festival Rotterdam en 2020, Piedra sola s’inscrit dans le registre peu exploré de l’ethnofiction, comme Jean Rouch notamment a pu l’expérimenter entre gravité et humour en fonction des thèmes abordés. Pour son premier long métrage, Alejandro Telémaco Tarraf rend hommage à la culture andine qu’il suit avec une sincère et profonde passion, cherchant à rendre compte de l’invisible d’une culture qui passe par sa cosmogonie. Les personnages de ce film jouent leur propre rôle dans un récit ténu qui n’est qu’un prétexte à entrer dans la culture andine proprement dite. Il ne s’agit pas non plus de documentaire puisque l’histoire racontée a été écrite et mise en scène. Mais le cinéaste à solliciter le réel en le filmant de manière documentaire avec le souci esthétique de l’image contemplative rendant compte de la paix intérieure cultivée à un rythme qui s’inscrit dans une tradition multiséculaire. Le film a cet égard a une véritable vertu initiatique pour le public non initié. Et il faut notamment préciser que le choix de l’ethnofiction est d’autant plus rare dans une cinématographie argentine qui a souvent tendance à nier dans un profond déni toutes les cultures originaires préhispaniques, alors qu’un tel sujet est plus facilement identifiable dans la filmographie d’autres pays d’Amérique latine. Ce film est à ce titre assez audacieux pour l’Argentine qui saisit ainsi au mieux l’altérité à laquelle le pays n’ose rarement se confronter. L’ethnofiction permet précisément cette rencontre entre une réalité sociale méconnue d’une partie des citoyens argentins locuteurs quechua notamment. Avec très peu de mot, évitant la surdramatisation d’un film comme Makala d’Emmanuel Gras dont les intentions et la mise en scène sont proches de Piedra sola, la mise en scène d’Alejandro Telémaco Tarraf convoque la cosmovision même d’une culture en s’attachant à montrer tout ce qui fait sens et se situe dans l’ordre du non visible.

 

 

Piedra sola
d’Alejandro Telémaco Tarraf
Fiction
71 minutes. Argentine, Mexique, Qatar, Royaume-Uni, 2020.
Couleur
Langues originales : espagnol, quechua

 

Avec : Ricardo Fidel Tolaba, Lucia Bautista, Maykol Tolaba, Rubén Tolaba, Rosa Ramos, Carlos Tolaba, Gregorio Ramos
Scénario : Alejandro Telémaco Tarraf, Lucas Distefano
Images : Alberto Balazs
Montage : Alejandro Telémaco Tarraf
Musique : Eva Knutsdotter Vikstrom
Son : Leonardo Cauteruccio
Décors : Eva Knutsdotter Vikstrom, Julia Díaz López
Production : Balazstarraf (Royaume-Uni), Viento Cine (Argentine)
Producteurs : Alejandro Telémaco Tarraf, Alberto Balazs

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