International Film Festival Rotterdam 2020: "Ema" un film réalisé par Pablo Larraín

Ema, danseuse, et Gastón, chorégraphe, ont renoncé à l’enfant qu’ils ont adopté après que celui-ci a commis sur un de leur proche un acte de violence sans retour. La relation chaotique entre Ema et Gastón suit dès lors une évolution encore plus tortueuse.

"Ema" de Pablo Larraín © Fabula "Ema" de Pablo Larraín © Fabula
Après l’expérience made in USA de @Jackie@, le talentueux cinéaste chilien qui a su en quelques années imposer une signature forte à travers une esthétique et des sujets aussi dérangeants que magnifiquement beaux, est de retour dans son pays natal pour raconter une histoire plus intime au sens où elle n’embrasse plus à première vue tout un flot de l’Histoire politique. Autour du personnage éponyme d’Ema, incarnée par Mariana Di Girolamo, pour la première sous la direction de Pablo Larraín, se jouent les affres d’une relation de couple détruit dont l’échec de la parentalité n’est que le signe extérieur d’un grand mal être profond de part et d’autre.

Le comportement atypique d’Ema autant que celui de Gastón, même si celui-ci n’est pas le personnage principal, constitue le fil conducteur du film qui maintient et renouvelle sans cesse les interrogations du spectateur. Le récit multiplie les manipulations entre les personnages d’une manière souvent insidieuses et imperceptibles à première vue. C’est encore la spécificité de Pablo Larraín depuis le serial killer atypique effrayant dans Tony Manero de mettre en scène des personnages à la psychologie totalement inédite. L’intrigue du film repose dès lors sur l’identité trouble et insaisissable du personnage principal. Et tout son entourage n’est là que pour lui offrir un répondant, dans une mise en miroir glaciale, dans des gestes corporels extrêmement maîtrisés à travers la danse, alors que son avenir même semble dans l’immédiat sans horizon aucun.

Toujours autour d’une complicité de travail extrêmement étroite avec son chef opérateur de génie Sergio Armstrong, Pablo Larraín offre un produit filmique de pure beauté même s’il est mal aisé de savoir à première vue par quel bout l’appréhender. Est-ce que ce film est moins ambitieux par les thèmes évoqués dans l’écriture de son scénario ? En comparaison avec ses films précédents, tout porte à y croire. Et pourtant le sujet de l’adoption au Chili est suffisamment polémique autour de nombreux scandales pour ne pas être éminemment politique dans ce film. Ce qui n’empêche pas que le cinéaste se permette une libre expérimentation dans le développement d’un film plus intimiste qui pourra surprendre certains connaisseurs de son cinéma. Pour autant, cela ne retire en rien le courage d’aller explorer une forme plus intimiste du cinéma, moins symbolique et plus psychologique, où les personnages ne sont que des marionnettes entre les mains omnipotentes de son cinéaste. Une expérience de cinéma saisissante au cœur de la folie insondable de la manipulation !

 

Ema
de Pablo Larraín
Fiction
102 minutes. Chili, 2019.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Mariana Di Girolamo (Ema), Gael García Bernal (Gastón), Paola Giannini, Santiago Cabrera, Giannina Fruttero, Josefina Fiebelkorn, Paula Hofmann, Paula Luchsinger, Antonia Giesen, Catalina Saavedra, Mariana Loyola, Susana Hidalgo, Cristian Felipe Suarez
Scénario : Pablo Larraín
Images : Sergio Armstrong
Montage : Sebastián Sepúlveda
Musique : Nicolas Jaar
1er assistant réalisateur : Oscar Godoy
Chorégraphies : Jose Luís Vidal
Décors : Estefania Larraín
Production : Fabula
Producteur : Juan de Dios Larraín
Distributeur (France) : Potemkine Films

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