Carte blanche Kleber Mendonça Filho au FIFIB 2018

Pour son édition 2018, le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux (FIFIB) a offert une carte blanche au cinéaste Kleber Mendonça Filho, réalisateur du film "Aquarius". Le FIFIB se déroule du 9 au 15 octobre 2018.

Kleber Mendonça Filho © DR Kleber Mendonça Filho © DR
Cédric Lépine : Comment de critique devient-on cinéaste?
Kleber Mendonça Filho:
J’ai commencé à faire de la vidéo à l’université. Plus tard, j’ai été journaliste culturel et ensuite de cinéma en 1997. J'ai mis entre parenthèses mon activité de critique lorsque j'ai commencé à me consacrer à mon premier long métrage.
Qu’il s’agisse de l’écriture comme des films, la conception reste toujours organique. Trop de réflexion empêche le côté vivant d’une œuvre de s’exprimer. Les idées ont besoin d’être très naturelles. Luz industrial mágica est par exemple le résultat de mes voyages dans les festivals (Berlin, Cannes, Rio). Il y a toujours une obsession dans les festivals pour faire ses propres images qui ne sont pas personnelles car elles sont le reflet de pratiques surmédiatisées. J’ai été intrigué par le regard derrière les caméras, semblable à celui d’un chasseur. Plusieurs années plus tard, j’ai travaillé sur ces images que j’avais archivées sur mon ordinateur. J’ai donc pris ces images sans penser que je les utiliserai plus tard pour faire un film. Pour Noite de sexta manhã de sábado, l’origine n’est pas clairement préméditée. J’étais à Kiev et l’idée m’est venue d’un film possible, sous la forme d’un storyboard.


C. L.: La diversité de vos films se reflète autant dans les genres abordés que les techniques utilisées pour les exprimer. Entre technique et sujet, lequel précède l’autre ?
K. M. F.:
Pour moi, chaque film nécessite un format particulier et approprié. Par exemple, j’ai écrit en 1994 le scénario d'Electrodoméstica que j’ai réalisé en 2004. J’attendais en fait l’argent pour pouvoir le tourner en 35 mm. J’aurais pu faire le film avant mais j’ai donc préféré attendre. Il était impensable de tourner Recife frio en argentique : cela ne pouvait qu’être en numérique. J’aime beaucoup travailler avec l’argentique : il y a une discipline que je ne retrouve pas dans le numérique où l’on peut se permettre de laisser tourner la caméra sans réflechir.


C. L.: Recife est souvent le thème et le lieu de vos films: est-ce une volonté de faire entrer votre ville natale dans le cinéma ?
K. M. F.:
En 1997, je voulais intituler mon film du nom d’un quartier de Recife. Mais on m’a fait remarquer que personne ne connaissait cet endroit. Je pense que le cinéma est très fort pour établir un imaginaire. Mais je pense que si je réutilisais ce titre, cela pourrait faire écho à un touriste visitant le quartier. J’adore et je déteste à la fois Recife. C’est une ville très spécifique au Brésil : sa culture, sa langue, son climat... J’ai aussi envie de faire un film sur Rio et de montrer des images autres que celles sempiternelles diffusées par la télévision et le cinéma. Je m’intéresse beaucoup à l’identité culturelle et à sa représentation. Chaque culture devrait avoir un droit d’images au cinéma. La société brésilienne dans son quotidien est rarement présente dans les médias. Lorsque j’ai présenté mes films le public était surpris de voir un monde nouveau alors qu’il s’agit simplement d’un quotidien. Ainsi, les favelas, l’Amazonie, le Sertão sont des lieux intéressants mais il n’y a pas qu’eux au Brésil. Vinil verde situe une histoire fantastique dans un milieu des plus réels : j’adore ce mélange. A menina do algodão est tiré d’une légende urbaine. On me parle souvent de la diversité de mes films mais pour moi c’est comme avoir des amis différents les uns des autres.

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