Un nouvel horizon pour la fiancée du désert

Depuis qu'elle a 20 ans, Teresa, 54 ans, a toujours travaillé au service de la même famille. Mais elle est à présent contrainte de quitter Buenos Aires pour continuer à travailler à 1000 km de là. Parmi l'immensité du désert argentin, un imprévu lui ouvre un nouvel horizon.

"La Fiancée du désert" de Cecilia Atán et Valeria Pivato © Memento Films "La Fiancée du désert" de Cecilia Atán et Valeria Pivato © Memento Films

Sortie nationale (France) du 13 décembre 2017 : La Fiancée du désert de Cecilia Atán et Valeria Pivato

Qui est cette mystérieuse « fiancée du désert » ? Une femme qui a passé trois décennies de ses plus jeunes années, cet âge où l'on fonde une famille, à être au service d'une famille dans laquelle elle n'a finalement pas pu être intégré. Tel était déjà le sujet central du film brésilien d'Anna Muylaert Une seconde mère (Que horas ela volta? 2015), du chilien La Nana de Sebastián Silva (2009), du mexicain Parque vía d'Enrique Rivero (2009), etc. C'est donc peu dire que la thématique de l'aliénation du travail domestique dans la hiérarchisation des classes sociales occupe beaucoup les consciences en Amérique latine à l'heure actuelle. Pour autant, ce sujet n'est, dans ce premier long métrage Cecilia Atán et Valeria Pivato, qu'un contexte préliminaire qui met en avant le long processus de réinvention d'une femme, à l'instar d'ailleurs du rôle magnifique porté par la même Paulina García dans Gloria de Sebastián Lelio (2013). Dans l'abstraction faite de l'histoire passée du personnage principal Teresa, il y a une volonté délibérée d'universaliser ses problématiques : peu importe le contexte initial, l'enjeu est de pouvoir à tout âge avoir la capacité de se réinventer. Le désert dans le film devient à cet égard un personnage central capable de catalyser les tensions sourdes des personnages tout autant que d'illustrer la page vierge prête à être réécrite par les personnes qui la traversent. Deux personnages antithétiques, l'une excessivement sédentaire et l'autre nomade, partagent leur propre confrontation à l'isolement, à un âge que d'aucuns prétendraient moins sociabilisant, sur un récit en apparence balisé, celui du road-movie. Comme pour Gloria, La Fiancée du désert est porté avec une imparable force de conviction par la talentueuse actrice Paulina García, dont le mutisme du personnage la pousse à développer toute l'expressivité d'un corps comprimé, étouffé par un carcan rigide. La fausse simplicité du scénario est nourri par une recherche subtile de la psychologie des personnages et comment celle-ci se révèle à l'écran, aussi bien dans l'interaction des jeux d'acteurs, que leur présence isolée face au décor. C'est là qu'apparaît également un atout remarquable pour le film : la direction de la photographie assurée de main de maître par Sergio Armstrong, responsable des images des films de son complice Pablo Larraín (No, Neruda, El Club, etc.). Voilà une fois de plus une belle alchimie entre la force d'une mise en scène, la puissance narratrice des images, l'expression profonde du jeu incarné des acteurs dans le cadre géographique d'une large densité cinématographique.

 

 

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La Fiancée du désert
La Novia del desierto
de Cecilia Atán et Valeria Pivato
Fiction
78 minutes. Argentine - Chili, 2017.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Paulina García (Teresa Godoy), Claudio Rissi ("El Gringo" Miguel Alfredo Corbalán)
Scénario : Cecilia Atán, Valeria Pivato
Images : Sergio Armstrong
Montage : Andrea Chignoli
Musique : Leo Sujatovich
Son : Miguel Hormazábal
Décors : Mariela Rípodas
Costumes : Beatriz Di Benedetto, Jam Monti
Directeur de production : Juan De Francesco
Producteurs : Cecilia Atán et Valeria Pivato (Ceibita Films), Eva Lauría et Raúl Aragón (El Perro en la Luna)
Producteurs exécutifs : Eva Lauría (Argentine), Alejo Crisóstomo (Chili) Producteurs associés : Zhaddock Films, Zona Audiovisual, Lucero Garzón / Luz Verde, Flora Films, Ah Cine
Ventes Internationales : Cité Films
Distributeur (France) : Memento Films Distribution

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