Duel au soleil sous la dictature argentine

En 1977 en Argentine, un pilote de l'armée de l'air trouve refuge dans une petite ville après avoir désobéi à sa hiérarchie.

"Kóblic" de Sebastián Borensztein © Bodega Films "Kóblic" de Sebastián Borensztein © Bodega Films

Sortie nationale (France) du 5 juillet 2017 : Kóblic de Sebastián Borensztein

Porté par le succès public de son précédent film El Chino (Un cuento chino), Sebastián Borensztein poursuit sa collaboration avec l'un des ambassadeurs les plus populaires du cinéma argentin à l'étranger : Ricardo Darín. Le film repose pour beaucoup sur l'aura de la star, mise en valeur dans la confrontation avec un personnage antithétique joué de main de maître par Óscar Martinez (déjà inoubliable dans Paulina de Santigo Mitre et Les Nouveaux sauvages de Damián Szifrón). Toute l'architecture même du film repose sur ces deux acteurs, sur la base d'un duel dans la tradition du western américain. La dictature militaire argentine n'est ici qu'un contexte pour poser le récit, tout comme il l'était déjà dans la comédie douce-amère El Chino, où Ricardo Darín interprétait également un ancien militaire traumatisé par les fantômes de cette période sombre de l'histoire de son pays. Sebastián Borensztein jongle avec des ingrédients de mise en scène où il se sent le plus à l'aise, qu'il s'agisse de la performance de ses acteurs, des codes scrupuleusement respectés du cinéma classique nord-américain : cela ne fait pas de lui une figure novatrice du cinéma d'auteur argentin actuel, loin s'en faut, mais assure sa position de réalisateur efficace, pragmatique, sachant tirer le meilleur parti des éléments dont il dispose. On peut regretter qu'il ne pousse pas l'investigation sur le traumatisme laissé par les années de la dictature sur la société argentine actuelle, comme a pu le faire avec une profondeur esthéticopolitique inégalable le cinéaste chilien Pablo Larraín. Mais ce ne sont pas là les ambitions de Sebastián Borensztein qui se contente de proposer un produit filmique honnêtement bien réalisé, porté par de bons acteurs mais qui sacrifie à un scénario quelque peu bâclé dans son écriture : le rare personnage féminin, dans la tradition machiste du cinéma, un objet sexuel servant la rivalité des protagonistes, le rapport au temps dans lequel évoluent les personnages est totalement négligé alors que celui-ci aurait pu permettre d'approfondir la tension psychologique.

 

affiche-koblic

Kóblic
de Sebastián Borensztein
Fiction
92 minutes. Argentine - Espagne, 2016.
Couleur
Langue originale : espagnol

 

Avec : Ricardo Darín (Kóblic), Óscar Martinez (Velarde), Inma Cuesta (Nancy)
Scénario : Alekandro Ocon, Sebastián Borenzstein
Images : Rodrigo Pulpeiro
Montage : Alejandro Carrillo Penovi, Pablo Blanco
Son : Juan Ferro Musique Federico Jusid
Direction artistique : Dario Feal, Nieves Monterde
Effets Spéciaux : Helmuth Barnert, Alejandro Valente
Costumes : Cristina Mennella, Maria José Lebrero
Producteurs : Pablo Bossi, Duan Pablo Buscarini
Production exécutive : Bárbara Factorovich
Direction de la production : Félix Rodriguez, Inés Vera
Distributeur (France) : Bodega Films

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