L'animation brésilienne la plus enthousiasmante et créative, pour le plaisir des yeux et des oreilles

Sortie nationale (France) du 8 octobre 2014 : Le Garçon et le monde, de Alê Abreu

Dans un milieu rural, un petit garçon vit paisiblement avec sa mère et son père, jusqu’au jour où ce dernier prend un train pour partir travailler au loin. Le petit garçon décide dès lors de partir à sa recherche avec pour tout bagage la photo de sa famille en poche.

 

 © Les Films du Préau © Les Films du Préau

Depuis plus d’une décennie arrivent sur les écrans des films d’animation des quatre coins du monde avec un univers propre à chacun d’eux. L’Amérique latine ne s’est guère illustrée dans l’animation alors que tous les autres champs de l’industrie du cinéma ont été brillamment investis. Le Garçon et le monde d’Alê Abreu constitue à tous points de vue un événement incontournable. Ce film est une réussite totale qu’il s’agisse de son contenu, de son animation, de sa bande originale, comme de ses choix de mise en scène. Le film réunit tous les publics pour le plus grand plaisir de chacun d’eux. À travers l’histoire d’un petit garçon en quête de son père, le public découvre un monde dominé par la machine et le travail harassant et déshumanisant des hommes (l’univers urbain n’est d’ailleurs pas sans rappeler Metropolis de Fritz Lang, par son contenu sociopolitique autant que sa construction architecturale). C’est là une pertinente métaphore de l’histoire du continent latino-américain soumis à la production insensée de matière première aux profits des pays dits riches, depuis plus de cinq siècles sans discontinuer, passant sans complexe d’un esclavage à un autre. Pour raconter cette histoire, Alê Abreu utilise la large palette d’évocation imaginaire que permet l’animation 2D au crayon de couleur, à la craie grasse, feutre hydrographique, peinture et même des collages de journaux et de revues. Le film est aussi un ballet visuel de couleur dans une forêt luxuriante aussi bien qu’en milieu urbain associé à une bande originale nous faisant découvrir la musique engagée brésilienne des années 1960-70 ainsi que la musique brésilienne contemporaine. La bande originale est aussi créative à travers la musique et les inventions sonores (bruitages divers réalisés par Gem) que l’animation et le scénario. Même si le contexte semble bien associé au Brésil, le réalisateur a préféré décrire un univers imaginaire où les personnages parlent une langue inédite : il s’agit d’un portugais dont les syllabes sont prononcées à l’envers. Le film est ainsi proche de la science-fiction et se place en digne héritier de René Laloux (La Planète sauvage). Autre proximité autour du patient et brillant travail artisanal de l’animation : on pense aux Studios Folimage français. À divers égards, il s’agit bien du film d’animation le plus notable et le plus enthousiasmant de cette année.

 







Le Garçon et le monde

O menino e o mundo

de Alê Abreu

Animation

79 minutes. Brésil, 2013.

Couleur

Langue originale : imaginaire (portugais inversé)

Scénario : Alê Abreu

Animatique : Alê Abreu

Montage : Alê Abreu

Mixage : Pedro Lima, Marcelo Cyro, André Faiman, Ariel Henry

Assistante du réalisateur : Priscilla Kellen

Musique : Ruben Feffer, Gustavo Kurlat, avec la participation de Emicida, Naná Vasconcelos, Barbatuques, Gem

Production : Filme de Papel (Brésil)

Producteurs exécutifs : Tita Tessler, Fernanda Carvalho

Distributeur (France) : Les Films du Préau

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