Éloge de la culture krahô en Amazonie

Depuis la mort de son père, un jeune homme de la tribu Krahö en Amazonie au nord du Brésil est appelé à devenir chaman, ce qu'il refuse en partant rejoindre la ville.

"Le Chant de la forêt" (Chuva é cantoria na aldeia dos mortos) de Renée Nader Messora et João Salaviza © Ad Vitam "Le Chant de la forêt" (Chuva é cantoria na aldeia dos mortos) de Renée Nader Messora et João Salaviza © Ad Vitam
Sortie DVD : Le Chant de la forêt de Renée Nader Messora et João Salaviza

Présenté en section Un Certain Regard de la programmation du festival de Cannes en 2018, Le Chant de la forêt (Chuva é cantoria na aldeia dos mortos) de Renée Nader Messora et João Salaviza est une œuvre hybride à la frontière entre le cinéma ethnographique documentaire et le cinéma de fiction d'auteur contemporain capable de mettre en scène le monde de l'au-delà d'une culture donnée à l'instar d'Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (2010) d'Apichatpong Weerasethakul. Comme dans le film de Weerasethakul, le film débute avec une présence fantomatique, celle d'un être disparu au cours d'une nuit bleutée près d'une cascade. En une séquence, les artifices du cinéma (le recours au bleu pour figurer la nuit) et la cosmogonie d'une culture donnée sont convoqués pour être réunis en une même œuvre. L'histoire contenue dans ce scénario est d'une grande simplicité, se retrouvant en outre dans d'autres films récents d'Amazonie ou encore du Mexique avec notamment El Sueño del Mara'akamé de Federico Cecchetti (2016) : les deux films suivent en effet le cheminement d'un jeune homme qui refuse sa destinée de chaman et se confronte au monde de la ville où il aura du mal à trouver sa place.
Dans
Le Chant de la forêt, le récit est avant tout un prétexte à rencontrer la culture Krahô et le tournage a été entièrement mis au service de la vie elle-même dans cette communauté : il en ressort une précision documentaire où les rites de groupes comme les comportements individuels s'inscrivent pleinement dans la dynamique plus globale du développement fictionné du personnage principal. L'invitation cinématographique proposée ici par les réalisateurs, monteurs, scénaristes et producteurs Renée Nader Messora et João Salaviza est une rencontre avec un autre mode de vie connecté au monde par une sensibilité beaucoup plus développée à son environnement immédiat. En suivant le personnage qui fait le voyage entre deux mondes, c'est aussi le spectateur qui est invité d'un lieu à un autre à faire évoluer son positionnement au monde pour mettre en perspective sa propre place de citoyen du monde. Contrairement aux présupposés, la communauté amazonienne ici présentée n'est pas habitée par le passé puisque le rite central du deuil du défunt vise précisément à se rattacher au présent en se détachant d'une figure du passé. Or le cinéma en imprimant le passé, réactive par là aussi la nécessité du deuil pour mieux se relier au présent en captant au mieux le chant ineffable d'une forêt insaisissable. Et pourtant celle-ci a encore dramatiquement souffert tous ces derniers mois par le feu émanant de la volonté néolibérale destructrice de la politique de Jair Bolsonaro visant à transformer un havre de vie diversifiée en une monoculture où l'écosystème savamment conçu au fil de plusieurs siècles est détruit en quelques heures. L'hommage rendu par les réalisateurs au monde amazonien est à cet égard aussi éminemment politique.

 

 

61qbjgrkenl-ac-sy445
Le Chant de la forêt
Chuva é cantoria na aldeia dos mortos
de Renée Nader Messora et João Salaviza
Avec : Henrique Ihjâc Krahô (lui-même), Kôtô Krahô (elle-même) et des villageois de Pedra Branca
Portugal, Brésil, 2018.
Durée : 114 min
Sortie en salles (France) : 8 mai 2019
Sortie France du DVD : 17 septembre 2019
Format : 1,66 – Couleur
Langue : portugais - Sous-titres : français.
Éditeur : Ad Vitam

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.