Arras Film Festival 2018 : "Les Oiseaux de passage" de C. Guerra et C. Gallego

Dans la communauté wayuu en Colombie, Rapayet rêve d'épouser Zaida mais pour cela, il lui faut réunir une importante dot. La marijuana prisée par les jeunes américains se révèle être une manne financière sans commune mesure,source de puissance mais aussi de drames préfigurant une véritable apocalypse.

"Les Oiseaux de passage" de Ciro Guerra et Cristina Gallego © DR "Les Oiseaux de passage" de Ciro Guerra et Cristina Gallego © DR

Dans L'Étreinte du serpent, précédent film de Ciro Guerra au succès public et critique international, il était déjà question des cultures originaires méconnues de Colombie et de la fascination morbide de l'Occident pour une plante psychotrope. Ces thèmes sont ici repris dans le cadre pleinement assumé du cinéma de genre nourri d'un conflit shakespearien pour le pouvoir au sein de la communauté wayuu. Les Oiseaux de passage reprend la trame de Scarface (Brian de Palma, 1983), autour de l'ascension et de la chute d'un commerce de drogue. C'est aussi le récit alternatif de l'histoire de la violence qui a gangrené toute la société colombienne autour de la main-mise du contrôle du trafic de la drogue, à l'instar de l'histoire tant de fois racontée de la vie de Pablo Escobar, pour Netflix avec Narcos mais aussi pour le cinéma, la plupart du temps de manière assez malheureuse, les scénarios ne cachant ni leur puritanisme américain où les enjeux sociaux sont évacués ni leur fascination malsaine pour les figures du mal socialement décontextualisées. Le parti pris de Ciro Guerra et Cristina Gallego s'inscrit comme dans L'Étreinte du serpent dans la découverte et le partage d'une culture traditionnelle, avec des images contemplatives qui inscrivent une culture dans son espace qui l'origine, saisissant peu à peu ses codes, ses lois, sa mythologie mais aussi ses contradictions. Cette histoire, ancrée dans l'inspiration de faits réels, la bonanza marimbera, autour du développement sans précédent du narcotrafic dans les années 1960 et 1970 en Colombie, est aussi celle de la conquista des Amériques autour du commerce international entraînant les destructions massives des cultures traditionnelles multiséculaires. Le film qui emprunte beaucoup à l'approche ethnologique, dans son intérêt pour saisir les mythes d'une culture, se nourrit en même temps des récits universels où les genres cinématographiques, comme l'explique en pleine conscience Ciro Guerra.

 

 

Les Oiseaux de passage
Pájaros de verano
de Ciro Guerra et Cristina Gallego
Fiction
125 minutes. Colombie – Mexique – Danemark - France, 2018.
Couleur
Langues originales : wayuu, espagnol, anglais

Avec : Carmiña Martínez (Úrsula), Jose Acosta (Rapayet), Jhon Narvaez (Moises), Natalia Reyes (Zaida), Jose Vicente Cotes (Peregrino), Juan Martínez (Aníbal), Greider Meza (Leonidas)
Scénario : Maria Camila Arias et Jacques Toulemonde d'après une histoire originale de Cristina Gallego
Images : David Gallego
Montage : Miguel Schverdfinger
Musique : Leonardo Heiblum
Son : Carlos García, Claus Lynge
Décors : Angélica Perea
Production : Ciudad Lunar Blond, Indian Films, Pimienta Films, Films Boutique, Snowglobe
Coproduction : Caracol Tv, Dago García, Cinecolombia, Bord Cadre Films, Labo Digital, EFD
Productrices : Katrin Pors et Cristina Gallego
Coproducteurs : Jean-Christophe Simon, Nicolás Celis, Sebastián Celis, Sandino Saravia Vinay, Mikkel Jersin, Eva Jakobsen, Carlos E. Garcia, Maria Ekerhovd, Jamal Zeinal Zade, Dan Wechsler
Distributeur (France) : Diaphana

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