Arras Film Festival 2018 : "Pachamama" de Juan Antin

Au XVIe siècle, dans un petit village de la cordillère des Andes, Tepulpaï et Naïra sont deux jeunes enfants qui partent récupérer le totem protecteur qui leur a été volé par l'intendant de l'empire inca.

"Pachamama" de Juan Antin © DR "Pachamama" de Juan Antin © DR

Peu à peu, le cinéma d'animation s'empare de la richesse féconde des histoires venues de tout un continent américain, sans passer par le filtre étatsunien comme pour le récent de Coco produit par Pixar. Sur la planète mondiale du cinéma d'animation, l'Amérique latine faisait partie des grands absents. Et pourtant, en France était sorti de manière très discrète au début des années 2000 un long métrage argentin intitulé Mercano le martien, le premier long de Juan Antin. Il a fallu plus d'une décennie pour que celui-ci revienne avec un nouveau long métrage soutenu par les producteurs de Kirikou, Ernest et Célestine, etc. Dans les années 2010, Le Garçon et le monde d'Alê Abreu constituait une formidable expérience d'animation venue du Brésil, dont la métaphore développée dans son scénario permettait d'embrasser rien moins que toute l'histoire de la Conquête européenne de l'Amérique latine dans le sang, les massacres génocidaires et la destruction des cultures en harmonie avec leur environnement.
C'est ce thème que reprend Pachamama en se concentrant sur un petit village communautaire que l'on pourrait situer actuellement en Argentine. À ce titre, l'histoire ne sacralise par l'empire Inca, au contraire, celui-ci est présenté comme un ordre oppresseur injuste à l'instar de la monarchie en France au XVIIIe siècle, avant que n'éclate la Révolution. Sauf qu'ici, cet empire est remplacé par un régime encore plus inhumain : celui des conquistadors avides d'or. Face à ces deux sources destructrices de pouvoir oppressant, Pachamama met au centre de son récit une communauté villageoise en harmonie avec son environnement naturel que vont défendre deux personnages antithétiques mais complémentaires. Ces deux enfants invitent les spectateurs du film à partager une sensibilité écologique au monde, incarnée par la Pachamama éponyme, personnification de la Déesse mère, qui ne prend pas de visage dans le film mais dispose d'un intercesseur en la personne du chaman. Pachamama a ce souci anthropologique de faire découvrir une culture précolombienne à travers sa mythologie et son enracinement dans un territoire à partir d'un conte universel, fait d'aventures où le fantastique peut apparaître mais dont le dynamisme repose avant tout sur le courage des enfants. Comme tout conte, ce film d'animation est un récit initiatique qui a pour but de rendre éternel le message anthropologico-écologique issu des cultures précolombiennes. Juan Antin a laissé une grande place au souci anthropologique de faire naître une animation inspirée des éléments graphiques précolombiens ainsi qu'à une bande originale musicale composée par Pierre Hamon, inspirée des instruments et des cultures des ères andines. Pour tous ces égards, le film offre une large palette d'exploration aux spectateurs de tous âges, sous la forme d'un conte dont la légèreté de la mise en scène n'en révèle pas moins un véritable parti pris politique ancré dans le monde actuel.

 

 

Pachamama
de Juan Antin
Fiction, animation
72 minutes. France – Luxembourg - Canada, 2018.
Couleur
Langue originale : français
Scénario : Juan Antin, Patricia Valeix, Olivier de Bannes, Nathalie Hertzberg
Direction artistique : Aurélie Raphaël
Création artistique : Juan Antin, Maria Hellemeyer
Haut et Court distribution
Montage : Benjamin Massoubre
Musique : Pierre Hamon
Production déléguée : Folivari (France), O2B films (France), France Doghouse Films (Luxembourg), Koibou Production (Canada)
Coproduction : Haut et Court distribution, Blue Spirit Studio x
Distributeur (France) : Haut et Court

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