John Reed, une figure du journalisme engagé du début du siècle

Parution du livre "Esquisses révolutionnaires" de John Reed

Il y a tout juste un siècle, un nouveau monde était en train d'apparaître à travers divers soubresauts politiques et sociaux dans différents pays : la formation d'une jeune nation puissante (USA) où une large partie de la société, prolétaire, est violemment réprimée, la Révolution mexicaine des années 1910, la révolution russe de 1917, la Première Guerre mondiale en Europe, les nouveaux équilibres géopolitiques dans les Balkans... Tous ces événements historiques, le journaliste, poète et écrivain John Reed les a suivis de près avec un engagement profond, à l'heure où son confrère Albert Londres (né trois ans avant John Reed) proposa lui aussi un autre modèle de journalisme. Le parcours de John Reed est à ce titre exemplaire d'une forme d'engagement journalistique à l'égard des mouvements sociaux dans le monde au moment où le journalisme était en train de jouer un rôle majeur dans le développement des nouvelles formes de communication de masse. John Reed, militant communiste, a choisi ses terrains d'investigation pour développer sa propre conscience politique qu'il a partagé à travers l'exercice de sa plume. Et il se trouve qu'à travers ses témoignages aux USA, comme au Mexique auprès de Pancho Villa, il a permis de capter un témoignage rare dans les mouvements sociaux de lors, à tel point que ses écrits ont inspiré les films majeurs des événements historiques qu'il a couvert. En effet, Les Dix jours qui ébranlèrent le monde (Ten Days that Shook the World, 1919) a été adapté au cinéma par Eisenstein sous le titre Octobre et son livre Mexique insurgé (Insurgent Mexico, 1914), fut également adapté par Paul Leduc sous le titre : Reed, México insurgente (1973). C'est dire à quel point John Reed a su saisir l'Histoire en marche. Ce journaliste est donc de cette trempe et c'est pour lui rendre hommage que Nada éditions a décidé d'éditer quelques articles et nouvelles encore inédits en français après leur publication originale dans les journaux The Masses, The New Republic, The Liberator et Metropolitan Magazine. La démarche de cet éditeur s'inscrit parfaitement dans le prolongement du livre d'Howard Zinn, Une Histoire populaire des États-Unis, aux Éditions Agone où l'histoire du siècle dernier est revisitée à partir de sa base sociale. Car ce que font apparaître tous ces articles réunis, c'est l'implication délibérément humaniste de John Reed qui met en avant tous ces marginaux, oubliés de la grande histoire, souvent écrite par les vainqueurs politiques aux mains tâchées du sang de leurs victimes,que ceux-ci soient ouvriers ou civils contraints à porter l'uniforme pour le plus grand assassinat en masse de l'histoire (guerres mondiales et autres génocides). Avec un véritable art du récit où il n'hésite pas à ajouter un peu de fiction, John Reed parle notamment des prostituées de Manhattan pour témoigner du nouvel asservissement capitaliste en cours, qui voit des individus vendre leur moindre part d'humanité sous le glorieux modèle de propagande intitulé Way of Life américain.
Avec humilité, l'éditeur a choisi d'intituler ce recueil « Esquisses » pour préciser que cette lecture ne vise pas à faire de l'ombre aux grands ouvrages de l'auteur et qui ont été traduits en France par François Maspéro sous les titres suivants :
La Guerre dans les Balkans, Le Mexique insurgé, Dix jours qui ébranlèrent le monde. Il s'agit plutôt par la lecture de ces textes inédits d'offrir une nouvelle ampleur à ces ouvrages. Sous la forme d'un long avant-propos de plus de 80 pages, la succession des articles de John Reed est précédée d'une rapide biographie de celui-ci, afin de permettre aux néophytes de l'univers de cet écrivain de replacer le contexte historique de ses écrits.

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Esquisses révolutionnaires
de John Reed

traduction de Jean-Christophe Bardeaux

France, 2016.
Nombre de pages : 250
Éditeur : Nada éditions

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