Biennale de Venise 2020 : "Selva trágica" de Yulene Olaizola

Dans les années 1920 à la frontière entre le Mexique et le Honduras britannique (actuel Belize), un groupe de chicleros, récolteur de gomme d’arbres à latex, rencontre dans la forêt une mystérieuse jeune femme poursuivie par un Anglais prêt à la tuer.

"Selva trágica" de Yulene Olaizola © DR "Selva trágica" de Yulene Olaizola © DR
Film en compétition au festival de Venise 2020 : Selva trágica de Yulene Olaizola

Sous la forme d’une odyssée tragique au cœur de la forêt habitée par les esprits mayas, Yulene Olaizola convoque dans son cinquième long métrage à nouveau l’ombre d’Aguirre, la colère de Dieu (1972) de Werner Herzog. C’était déjà le cas de son précédent long métrage Epitafio (2015) qui suivait le cheminement de trois conquistadores confrontés à une réflexion existentialiste face à la propre survie mise en jeu. Ainsi, Selva trágica poursuit la réflexion sur diverses oppositions qui fondent encore le Mexique actuel un siècle plus tard. Ainsi, une communauté d’hommes industrieux s’oppose à une femme seule qui cherche à survivre, l’état d’esprit de l’exploitant colon face aux esprits de la forêt et notamment de la déesse maya Xtabay. L’histoire racontée est rudimentaire et n’est finalement qu’un prétexte, comme souvent chez Yulene Olaizola et notamment dans son très beau film indépendant expérimental Fogo qui lui allait côtoyer le cinéma de Tarkovski, à créer une mise en scène où les projections de chaque spectateur vont pouvoir permettre de se confronter à des thèmes universels autour du sens notamment de la civilisation.

Le Belize est un pays atypique de toute l’Amérique latine puisque c’est l’un des rares où la langue officielle est l’anglais. C’est aussi le pays le moins connu à travers un cinéma inexistant et des informations qui ne le sont pas moins. La proximité avec le Mexique permet en regard de questionner l’identité de deux pays opposés qui ont pourtant des racines communes et que le film met en valeur autour de la langue maya et de légendes diverses qui imprègnent la forêt où tout semble possible, loin de la civilisation. La mise en scène du film est ainsi un moyen pour convoquer les fantômes du passé et les racines conjointes du Mexique et du Belize. Le film confine peu à peu vers une aventure abstraite et fantastique, éloigné d’une finalité du récit avec une résolution établissant clairement la frontière entre le bien et le mal. Car la tragédie de la forêt qu’invoque le titre est peut-être la destruction volontaire de ses racines.

 

 

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Selva trágica
de Yulene Olaizola
Fiction
96 minutes. Mexique, Colombie, France, 2020.
Couleur
Langues originales : espagnol, maya, anglais

Avec : Indira Andrewin, Gilberto Barraza, Mariano Tun Xool, Lázaro Gabino Rodríguez, Eligio Meléndez, Eliseo Mancilla de la Cruz, Dale Carley, Shantai Obispo, Nedal McLaren, José Alfredo González Dzul, Antonio Tun Xool, Marcelino Coba Flota, Gildon Rowland, Mario Canché Pat, Guillermo Muro Cárdenas
Scénario : Yulene Olaizola, Rubén Imaz
Images : Sofia Oggioni
Montage : Rubén Imaz, Yulene Olaizola, Israel Cárdenas, Pablo Chea
Musique : Alejandro Otaola
Son : José Miguel Enríquez Rivaud
Directeur artistique : Luis Luino
Costumes : Samuel Conde
Effets visuels : Gustavo Bellón, Javier Velázquez, Benoit Mannequin
Production : Malacosa Cine (Rubén Imaz, Yulene Olaizola), Manny Films (Birgit Kemner, Philippe Gompel), Varios Lobos (Pablo Zimbrón Alva), Contravía Films (Oscar Ruiz Navia), Zoología Fantástica, Barraca Producciones

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