Le sens de la lutte communautaire : l’art du cinéma en tous genres

Dans le petit village isolé de Bacurau dans le Pernambuco brésilien à une époque future incertaine où la gestion de l’eau est encore plus vitale que jamais, une menace entraînant des morts violentes rôde.

"Bacurau" de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho © ARTE ÉDITIONS "Bacurau" de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho © ARTE ÉDITIONS
Sortie DVD : Bacurau de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho

Dans ce western sous acide, comme l’on appelé certains journalistes, Kleber Mendonça Filho affirme encore sa cinéphilie étroitement mêlée à la dénonciation politique des injustices sociales dans ce troisième long métrage qu’il coréalise pour la première fois avec Juliano Dornelles. Les références se nourrissent, s’entrecroisent et se télescopent à l’infini, mêlant le cinéma de John Carpenter (la référence majeure) autant que Sam Peckinpah, Nelson Pereira Dos Santos, Brian de Palma, etc. au service d’une fable politique ambitieuse dans laquelle se projette la folie des puissances gouvernementales contemporaines. Le scénario pourrait se réduire sur une peau de chagrin s’il n’entrecroisait multiples sources d’interprétation au sein d’un montage fascinant, multipliant tous les effets du cinéma rendant caduque le cinéma au montage linéaire.

Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho multiplient les formes du récit, passant d’un protagoniste à un autre, cassant ainsi le héros ultime clamé par le film d’action classique. Ainsi, la violence du film est désamorcée par un récit inédit, passant du côté des « bons » comme des « méchants », l’histoire et la manière de la raconter se retrouvant sans cesse remise en cause. Le film devient ainsi la version politique du plaisir de raconter propre à Tarantino, sans tomber dans les excès de violence sanguinolentes qui nourrit pleinement le spectacle de la violence. Ici, la conscience de l’histoire du Brésil avec ses luttes historiques autour notamment de la figure quasi mythique du cangaçeiro innervent chaque séquence. L’ambition de l’ensemble flirte avec la dimension d’un opéra à l’instar des films de Sergio Leone qui à partir d’un film de genre ultra codé réussissait à embrasser une nouvelle lecture politique des rapports de force entre les protagonistes. Bacurau est une œuvre cinématographique qui porte la voix forte d’une communauté dans son ensemble, celle qui œuvre oubliée du monde mais qui avance dignement vers son humble destinée.

 

 

bacurau-3453277313019-0
Bacurau
de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho
Avec : Barbara Colen (Teresa), Sônia Braga (Domingas), Udo Kier (Michael), Thomas Aquino (Pacote/Acacio), Silvero Pereira (Lunga), Jonny Mars (Terry), Chris Doubek (Willy), Alli Willow (Kate), Brian Townes (Joshua), Thardelly Lima (Tony Jr., le maire), Rubens Santos (Erivaldo), Karine Teles (l'étrangère à moto), Antonio Saboia (l'étranger à moto), James Turpin (Jake), Julia Marie Patterson (Julia)
Brésil, France – 2019.
Durée : 130 min
Sortie en salles (France) : 25 septembre 2019
Sortie France du DVD : 29 janvier 2020
Format : 2,39 – Couleur
Langue : portugais - Sous-titres : français.
Éditeur : ARTE ÉDITIONS


Bonus :
Entretien avec les réalisateurs par Olivier Père (7’30”, VOST)
Court métrage : Recife frio de Kleber Mendonça Filho (2009, 24’, VOST)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.