Le festival Biarritz Amérique Latine 2020 face à la crise sanitaire

Face à la crise sanitaire du covid, les festivals de cinéma se réorganisent et se réinventent. Antoine Sebire, délégué général du festival Biarritz Amérique Latine dont la 29e édition est prévue du 28 septembre au 4 octobre 2020, témoigne des différentes problématiques auquel le festival se retrouve confronté.

Antoine Sebire © DR Antoine Sebire © DR
Cédric Lépine : Quelles décisions avez-vous prises quant à l’organisation du festival Biarritz Amérique Latine en septembre 2020 ?

Antoine Sebire : Il est encore un peu tôt pour faire des annonces : nous sommes, comme tout le monde, suspendus aux décisions gouvernementales sur la réouverture des cinémas et salles de spectacles. Et notre conseil d’administration devra entériner fin juin le modèle d’organisation de notre édition 2020.

Ceci dit, entre les nouvelles contraintes sanitaires, les pertes de financements, les incertitudes sur la reprise des liaisons aériennes avec l’Amérique latine, entre autres, tout porte à croire que nous vivrons une édition très particulière avec une organisation modifiée.

Notre priorité reste tant que possible de rendre leur confiance aux cinéastes, producteurs, vendeurs qui nous ont envoyé leurs films en les montrant sur grand écran, dans des conditions techniques parfaites, et devant un public.

Évidemment, nous suivons très attentivement ce que font les autres festivals : ça fait un moment que j’ai un dossier « Coronavirus » sur mon ordinateur !

 

C. L. : Est-ce que le contexte actuel met en péril l’équilibre économique du festival ?

A. S. : Nous avons la chance d’avoir des partenaires institutionnels fidèles, qui se sont engagés à maintenir, en grande partie, les financements prévus. Grâce à eux, il n’y a pas de danger à vital à court terme, même si le tarissement probable des autres sources de financement (billetterie, sponsoring, mécénat, …) devrait nous conduire à réduire la voilure.

En revanche, il y a pour nous comme pour tous les autres maillons de l’écosystème, un réel danger à moyen terme. Quelle place la puissance publique va-t-elle assigner à la culture dans un contexte de récession où des besoins vitaux se font sentir de toutes parts ? Quels seront les budgets des collectivités en 2021 ? Quel avenir pour les financements privés dans la culture alors que la plupart des entreprises subissent de plein fouet les effets d’une crise inouïe ? Les cinémas d’Amérique latine, et plus généralement les secteurs culturels, vont-ils s’en relever ? Le public n’aura-t-il pas perdu le désir des salles, de ces rassemblements résolument festifs que sont les festivals ?

 

 

C. L. : Quels soutiens économiques disposez-vous actuellement ?

A. S. : Le festival est soutenu par la Ville de Biarritz au premier chef, par la Région Nouvelle-Aquitaine et par le Département des Pyrénées-Atlantiques, ainsi que par quelques partenaires privés qui ont réaffirmé leur soutien. Des doutes subsistent à ce jour sur la capacité des instituts du cinéma latino-américains à continuer leurs politiques de soutien à la présence de leurs films en festivals.

 

 

C. L. : Que tenez-vous à défendre dans cette nouvelle organisation de festival ?

A. S. : Avant tout, ce qui fait l’essence même de ce que nous défendons : la projection, dans le noir, sur un grand écran, pour un public composé d’individus qui font collectif et qui ne se croiseraient probablement pas ailleurs. La rencontre avec les artistes, sous quelque forme que ce soit. Et la proximité, qu’il faut peut-être repenser, mais on a assez parlé de distanciation.

 

 

 

C. L. : Quelle sera la place des rencontres avec des invités ?

A. S. : Il est encore un peu tôt pour le dira au vu du peu de perspectives sur la réouverture des vols transatlantiques. Mais il faut parvenir à faire exister un échange, à installer des formes d’interactivité, en faisant appel à des outils numériques si nécessaire.

 

 

C. L. : Disposez-vous de partenariats solidaires avec d’autres festivals pour faire face à cette crise ? Un partenariat est-il envisageable avec San Sebastián, Cannes, Cinélatino ?

A. S. : À ce stade, nous ne sommes pas tout à fait sûrs d’avoir la possibilité physique d’organiser un festival. A fortiori, nous ne savons pas de combien de « cases » nous disposerons pour montrer des films, et nous devons traiter avec générosité les films qui nous ont été adressés. Ce qui est sûr, c’est que nous avons des échanges réguliers avec Cinélatino ou San Sebastián par exemple. L’impact de la crise est potentiellement si dramatique pour les réalisateurs, les producteurs, les salles, les distributeurs, les festivals, qu’on ne peut pas ne pas en tenir compte. Pour ce qui est des festivals en particulier, l’interdépendance entre nous est très forte. Donc oui, des partenariats sont envisageables, dont les contours restent à tracer.

 

 

C. L. : Pouvez-vous parler de l'initiative entre La Rochelle, le FiFIB et Biarritz ?

A. S. : L’initiative ne se réduit pas à ces trois festivals, elle réunit aussi le festival de Brive, celui de Poitiers ou le FIPADOC, entre autres. L’impulsion vient de la Région, qui avait réuni les festivals de cinéma de Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du FIFIB pour échanger avec l’institution sur des besoins, des problématiques communes, des mutualisations éventuelles, … D’autres rencontres ont suivi, à Brive, au FIPADOC et à nouveau au FIFIB, et le dialogue entre nous s’est intensifié, notamment à l’occasion des concertations lancés par la Région pour la préparation de la nouvelle convention CNC/État/Région/Départements auxquelles les festivals sont associés. Nous échangeons sur notre environnement -institutionnel, financier, légal, etc.-, nos pratiques, nous réfléchissons à des projets communs, à des positions partagées. Ces conversations sont très riches, en particulier en cette période, et nous envisageons d’ailleurs de les structurer davantage.

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Retrouvez l'article synthétique sur la question des festivals de cinéma en Nouvelle -Aquitaine face à la crise sanitaire dans la revue en ligne Prologue.

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