"Mano de obra" un film de David Zonana

Suite au décès de son frère sur un chantier d’une maison en construction, Francisco réclame pour la veuve une compensation économique que celle-ci n’obtiendra jamais. Face à cette injustice criante, l’idée commence à émerger de se réapproprier un bien dont les ouvriers sont exclus au profit du collectif.

"Mano de obra" de David Zonana © ARP Sélection "Mano de obra" de David Zonana © ARP Sélection
Sortie nationale (France) du 19 août 2020 : Mano de obra de David Zonana

Le Mexique comme tant d’autres pays soumis aux divisions sociales toujours plus criantes, accouche d’œuvres cinématographiques dénonçant cette injustice humanitaire. Après Batalla en el cielo (2005) de Carlos Reygadas, Parque via (2008) d’Enrique Rivero, Los Bastardos d’Amat Escalante, Workers (2013) de José Luis Valle, Chronic (2015) de Michel Franco, pour ne citer que quelques-uns des films majeurs du cinéma mexicain de ces dernières années témoignant de la violence des confrontations de classe, Mano de obra, premier long métrage de David Zonana, poursuit cette réflexion avec un point de vue dépourvu d’angélisme et de manichéisme, flirtant avec une légère dose de nihilisme, à l’instar de la vision du monde développée par Michael Haneke comme de Michel Franco, mentor et coproducteur du film. David Zonana a travaillé sur plusieurs films réalisés et/ou produits par Michel Franco à la production et il partage avec ce dernier à la fois de nombreuses préoccupations, l’esthétique et les choix de mise en scène. Moins glacial dans sa vision de l’humanité, les personnages principaux ici vivent néanmoins d’heureux moments de convivialité et de solidarité où la révolution sociale semble avoir abouti, comme la métaphore du mouvement révolutionnaire s’emparant de tout un pays. Or, les lendemains révolutionnaires sont souvent moins glorieux et avouables, avec l’apparition de nouveaux tyrans et autant de trahisons par rapport aux valeurs initialement défendues.

Ce programme social défaitiste, David Zonana, dans son scénario original, le propose en réflexion en l’incarnant autour d’une communauté masculine de mains d’œuvre (mano de obra) qui expérimente une nouvelle vie en société après avoir chassé leur tyran. Luis Alberti, seul acteur professionnel du film récemment remarqué dans les salles en France avec Luciérnagas (2018) de Bani Khoshnoudi, porte avec brio toute l’ambiguïté de son personnage dont les intentions ne sautent jamais à première vue. Autour de lui, la sobriété des mouvements de caméra comme des lieux de tournage permettent de se concentrer exclusivement sur la scène d’un drame, celui de la fin d’une utopie autour d’une maison. Le cinéma de David Zonana par ses choix de mise en scène est efficace et s’intègre pleinement au sein de la famille de cinéma de Michel Franco tout en proposant un léger pas de côté en s’éloignant du récit individuel pour interroger le sens du collectif.

 

 

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Mano de obra
de David Zonana
Fiction
80 minutes. Mexique, 2019.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Luis Alberti (Francisco), Katerin Alexa Gómez (Rita), Mariano Hernández (Sánchez Arias), Yessica Gálvez (Lupe), Alexandra Rodríguez (Yolanda), Ramiro Reséndiz (Toño), Gudelia Carrillo (Teodora), Joanna Isunza Martínez (Federica), Julieta Hernández (Carla), Alexandra Cortés (Laura), Karina Salazar (Mónica), Francisco Díaz (Isidro), Horacio Celestino (Roberto), Jonathan Sánchez (Enano), Hugo Mendoza (Lalo), Rodrigo Mendoza (le propriétaire de la maison)

Scénario : David Zonana
Images : Carolina Costa
Montage : Oscar Figueroa
Décors : Ivonne Fuentes
Costumes : Jorge Alberto Trujillo
Production : Teorema
Producteurs : Michel Franco, Eréndira Núñez Larios, David Zonana
Producteur délégué : Dario Yazbek Bernal
Producteur associé : Mineko Mori
Distributeur (France) : ARP Sélection

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