Cinélatino 2020 : "Algunas bestias" de Jorge Riquelme Serrano

Antonio et Dolores ont été Invités sur une île par leur fille Ana, leur gendre qu’ils méprisent et leurs petits-enfants. Ils se retrouvent tous ensemble vite abandonnés à eux-mêmes sans contact avec l’extérieur.

"Algunas bestias" de Jorge Riquelme Serrano © DR "Algunas bestias" de Jorge Riquelme Serrano © DR
Film en compétition long métrage de la 32e édition du Festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse 2020 : Algunas bestias de Jorge Riquelme Serrano

Reprenant l’argument de L’Ange exterminateur (1962) de Luis Buñuel où les membres de la haute bourgeoisie contraints à vivre ensemble dans un lieu clos finissent par faire exploser l’expression factice de leur civilité, Algunas bestias propose un huis clos dans le cadre d’une île où une famille de nantis chiliens ne peut plus échapper à son propre désenchantement programmatique. Aucune ironie ici à la manière de Buñuel mais une vraie tragédie familiale opposant notamment des générations entre elles. Cette peinture de la société aisée chilienne ne laisse aucune échappatoire pour chacun des membres de cette famille, dans un lent processus d’autodestruction générée par le contact extrêmement toxique d’une personne sur l’autre où l’inceste n’est jamais loin.

Pour faire contrepoint à la cruauté de cette exposition, Jorge Riquelme Serrano développe un récit où les personnages entrent et se développent dans des cadrages extrêmement maîtrisés avec une longue profondeur de champ dans un format Scope où la symétrie de la composition met en valeur la dysharmonie intérieure de cette famille en représentation. La situation n’est ainsi jamais sordide mais la tragédie se développe pas à pas jusqu’à un point de non-retour. Le cinéaste pour son premier long métrage a su s’entourer des acteurs chiliens les plus talentueux avec Paulina García et Alfredo Castro capables de traduire les faces les plus sombres de l’âme humaine : le magnétisme du film doit en l’occurrence beaucoup pas à leur propre jeu, même si ceux-ci ne sont pas de tous les plans. L’horreur familiale donne ici le vertige au profit notamment d’une description globale d’une classe sociale aisée enfermée sur elle-même comme sur cette île et qui est aussi décomposée en elle-même qu’à l’égard du reste de la société chilienne.

 

 

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Algunas bestias
de Jorge Riquelme Serrano
Fiction
97 minutes. Chili, 2019.
Couleur, 2,35
Langue originale : espagnol

Avec : Paulina García (Dolores), Alfredo Castro (Antonio), Consuelo Carreño (Consuelo), Gastón Salgado (Alejandro), Andrew Bargsted (Máximo), Millaray Lobos (Ana), Nicolás Zárate (Nicolás)
Scénario : Nicolás Diodovich, Jorge Riquelme Serrano
Images : Eduardo Bunster
Montage : Valeria HernándezJ, orge Riquelme Serrano
Musique : Carlos Cabezas
Sound designer : Rita García-Salas
Directrice artistique : Patricia Figueroa
Production : Laberinto Films
Producteurs délégués : Jorge Riquelme Serrano

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