FIFAM 2017 : "Señorita María, la falda de la montaña" de Rubén Mendoza

Après les prix du meilleur réalisateur au Festival de Carthagène (FICCI) 2017 et au Festival de Locarno 2017, "Señorita María, la falda de la montaña" de Rubén Mendoza a également reçu lors de la 37e édition du Festival International du Film d’Amiens le prix du meilleur documentaire ex æquo avec "Ceux du rivage" de Tamara Stepanyan.

"Señorita María, la falda de la montaña" de Rubén Mendoza © DR "Señorita María, la falda de la montaña" de Rubén Mendoza © DR

Festival International du Film d’Amiens 2017 : Señorita María, la falda de la montaña de Rubén Mendoza en compétition officielle dans la section long métrage documentaire

À Boavita, village catholique conservateur dans les montagnes colombiennes, la Señorita María Luisa vit paisiblement dans sa cabane, portant inlassablement une robe. 45 ans plus tôt, son état civil l’identifiait en tant que sexe masculin. Indéfectiblement, elle mène son quotidien avec une intime conviction qui la conduit à s’affirmer face aux autres, cultivant sa terre comme elle cultive sa vie. Après El Valle sin sombras (2015), Rubén Mendoza signe un nouveau documentaire dont il maîtrise parfaitement les ressources du récit, aussi bien par son montage, ses choix de prises de vue, ses rapports avec son protagoniste que son sujet lui-même. La filmographie de Rubén Mendoza questionne les espaces marginaux de la société, cherchant à savoir comment ces lieux de marginalité dialoguent avec le reste de la société. La caméra de Rubén Mendoza est ici entièrement impliquée du côté de María Luisa, recueillant ses doutes et son histoire. Le film se révèle un hommage poignant et pudique sur une force de la nature humaine à affirmer une marginalité dans un contexte de vie sociale où la norme s’affirme dans l’obscurantisme du conservatisme du bigotisme catholique. Dès la longue séquence d’ouverture du film, le cinéaste place sa protagoniste dans son contexte social, notamment dans les profondeurs du pays. Par là même, il vient interroger les différentes composantes d’un pays dans la somme de ses singularités en vue de refléter un projet de société. La force vitale de l’avenir du pays se trouve alors symboliquement entre les mains de María Luisa capable de se réinventer chaque jour, alors que les profondeurs du milieu rural ont durant plusieurs longues décennies été marquées par un cycle de violences, tortures et disparitions. La « falda » (la jupe) du titre devient dès lors un porte étendard clamant l’espoir d’une vie de paix retrouvée à force de lutte patiente, à l’instar de María Luisa plantant seule ses grains de maïs dans son grand champ perché dans les montagnes, loin de la communauté villageoise. Le cinéma de Rubén Mendoza est ici une fois de plus impliqué dans la société civile contemporaine avec une préoccupation particulière pour ses marges comme espaces de lieux où s’expérimentent les inventions de la vie.

 

 

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Señorita María, la falda de la montaña
de Rubén Mendoza
Documentaire
90 minutes. Colombie, 2017.
Couleur
Langue originale : espagnol

Scénario : Rubén Mendoza
Images : Rubén Mendoza
Montage : Gustavo Vasco, Juan David Soto, Rubén Mendoza
Son : Isabel Torres, Rubén Mendoza
Producteurs : Amanda Sarmiento, Rubén Mendoza

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