La continuité de l’âge d’or mexicain : "La Red" d’Emilio Fernández

Antonio et José Luis sont surpris au moment où ils braquent le coffre d’une douane et tentent de s’échapper. Quelques temps plus tard, José Luis s’est évadé et rejoint son ami Antonio qui vit modestement de la pêche d’éponges sur une plage déserte avec sa maîtresse Rossana qui ne laisse pas indifférent le nouvel arrivant.

"Le Filet" (La Red) d’Emilio Fernández © Tamasa Diffusion "Le Filet" (La Red) d’Emilio Fernández © Tamasa Diffusion
Au sujet de l'édition DVD : Le Filet (La Red) d’Emilio Fernández

Le Filet (La Red) est bien moins connu que les succès des films d’Emilio Fernández qui ont contribué à mettre en valeur l’âge d’or du cinéma mexicain dans les années 1940, à savoir Maria Candelaria (Xochimilco, 1943), Enamorada (1946), La Perle (La Perla, 1947). Cependant, il est encore digne d’intérêt plus d’un demi-siècle après sa réalisation. L’argument est somme toute simple et a nourri le centre d’une infinité de scénarios aux résultats divers : deux hommes se battent jusqu’à la mort pour posséder une femme que chacun convoite. Il s’agit aussi le scénario de Duel au soleil (Duel in the Sun, 1946) réalisé quelques années plus tôt par King Vidor et qui est l’un des films fétiches de Martin Scorsese. C’est ainsi peu dire qu’un tel sujet minimal aux accents résolument machistes est une denrée aussi bien pour les faiseurs de films que pour les spectateurs. Cependant, Emilio Fernández affirme ici sa singularité à travers une mise en scène construite en partenariat étroit avec le chef opérateur de génie très inspiré qu’est Alex Philipps : une telle photographie permet à l’image de trouver une telle expression que les dialogues ne sont plus nécessaires. Ainsi, le film est proche pour une grande partie de ses séquences clés du cinéma muet, tant la construction de l’image est le ressort même de la mise en scène. Les corps des pêcheurs dénudés filmés deviennent par les tensions et la manière de les éclairer le lieu où se lit la rivalité de deux hommes dans leur obsession pour posséder à eux seuls une femme. Le dénouement ne peut que conduire au drame dans un récit qui assume sans complexe son penchant vers le mélodrame mais de manière subtilement épurée.

En dehors de ce récit central, il est question aussi de l’opposition basée sur une méfiance réciproque entre le pouvoir central à Mexico et la réalité de vie des citoyens mexicains du reste du Mexique. Cette description sociopolitique n’est pas là non plus par hasard, de même que l’attention portée à des scènes du quotidien quasi documentaires : c’est une image de la réalité politique contemporaine que le cinéaste souhaite ainsi mettre en perspective. Ce film au scénario étroitement limité n’en possède pas moins une force de construction cinématographique à travers son image qui subjugue encore plus de soixante ans plus tard.

 

 

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Le Filet
La Red
d’Emilio Fernández

Avec : Rossana Podesta (Rossana), Crox Alvarado (Antonio), Armando Silvestre (José Luis), Guillermo Cramer (Rivera), Carlos Riquelme (le vendeur d'éponges), Margarito Luna (le pêcheur)

Mexique, 1953.
Durée : 78 min
Sortie en salles (France) : 4 novembre 1953
Sortie France du DVD : 28 octobre 2011
Format : 1,33 – Noir & Blanc
Langue : espagnol - Sous-titres : français.
Éditeur : Tamasa Diffusion

Bonus :
Livret : Le regard de Gyula Zarand (16 pages)
Galerie photos
Affiches
Filmographies
Présentation du film par Patrick Brion

 

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