Cinélatino 2020 : "Planta permanente" d’Ezequiel Radusky

Au sein du bâtiment accueillant le ministère du développement social à Buenos Aires, deux employées sont les « plantes éternelles » du lieu, voyant passer différents directeurs. Elles gagnent un surplus de d’argent en tenant une cantine clandestine, ce qui n’est pas du goût de la nouvelle directrice qui veut imposer son ordre.

"Planta permanente" d’Ezequiel Radusky © DR "Planta permanente" d’Ezequiel Radusky © DR
Film en compétition long métrage de la 32e édition du Festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse 2020 : Planta permanente d’Ezequiel Radusky

La revanche de la classe laborieuse est à l’œuvre ici comme il en était déjà question dans Los Dueños (2013) le premier long métrage qu’Ezequiel Radusky avait coréalisé avec Agustín Toscano. Dans le film, on retrouve également la pétillante actrice Liliana Juárez, dans le rôle d’une humble agent d’entretien qui a sa manière réussit à imposer à ses patrons ses choix dans une farce sociale rappelant parfois le théâtre sociale de Molière. Sauf qu’ici, le ton est beaucoup plus sombre : la tonalité douce-amère du film vire peu à peu à l’amertume, comme pour rappeler la réalité politique de l’Argentine de la présidence de Mauricio Macri (2015-2019), qui était officiellement du centre avec des propos prétendûment de gauche mais dont les agissements étaient expréssément de droite (d’une à deux lettres, Macri devient aisément Macron !) comme le représente dans le film la nouvelle directrice du ministère. C’est cette réalité politique en sous-texte qui se dégage du film et que l’on doit certainement à la subtilité toujours politiquement engagée du réalisateur Diego Lerman (Refugiado) qui est ici coscénariste du film avec Ezequiel Radusky.

De ce nouveau duo de réalisateurs, il en ressort une nouvelle proposition de cinéma où Ezequiel Radusky seul à la réalisation de Planta permanente transforme la théâtralité de la mise en scène de son précédent film en une aventure plus cinématographique prenant en compte de nouveaux espaces physiques et une évolution temporelle pour raconter son histoire. Fin aussi d’une interprétation chorale propre au précédent film, Planta permanente repose avant tout sur la personnalité forte et inoubliable du personnage interprété avec conviction par Liliana Juárez au service d’un scénario écrit avec bonheur pour croquer les inégalités sociales en Argentine comme ailleurs.

 

 

Planta permanente
d’Ezequiel Radusky
Fiction
78 minutes. Argentine - Uruguay, 2019.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Liliana Juárez, Rosario Bléfari, Verónica Perrota, Sol Lugo, Vera Nina Suárez
Scénario : Ezequiel Radusky, Diego Lerman
Images : Lucio Bonelli
Montage : Valeria Racioppi
Musique : Maximiliano Silveira
Son : Catriel Vildosola
Directrice artistique : Catalina Oliva
Production : Campo Cine, Salado
Producteurs : Diego Lerman, Nicolás Avruj
Coproductrice : Mariana Secco

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