Cinélatino 2020 : "Sin señas particulares" de Fernanda Valadez

Sans nouvelles de son fils qui a décidé de partir travailler aux États-Unis avec un ami, Magdalena ne peut se résoudre à accepter sa mort, d’autant qu’elle ne reconnaît pas les corps qui lui sont présenté. Elle décide alors de partir à sa recherche.

"Sin señas particulares" de Fernanda Valadez © DR "Sin señas particulares" de Fernanda Valadez © DR
Film en compétition long métrage de la 32e édition du Festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse 2020 : Sin señas particulares de Fernanda Valadez

Les disparitions humaines sont toujours d’une cruelle actualité ces dernières années au Mexique et Fernanda Valadez pour son premier long métrage en tant que réalisatrice rend notamment hommage à la dignité des mères qui réclament inlassablement justice à l’égard de leurs enfants. Le récit évite le mélodrame en proposant un parcours inédit où le personnage principal, une humble et modeste femme d’une quarantaine d’années, possède une ténacité pour aller jusqu’au bout de sa quête même s’il lui faut pour cela se retrouver face au diable en cherchant son fils. Le scénario de Fernanda Valadez est finement écrit avec la complicité d’une autre réalisatrice, Astrid Rondero, avec qui elle partage d’ailleurs la responsabilité du montage et de la production. C’est à ce titre aussi que le film est nourri d’une créativité à quatre mains, s’éloignant de la structure classique propre à la mise en scène d’un tel sujet.

Le cheminement lent du film permet d’épouser la personnalité du personnage et le montage, en offrant des pistes possibles de récits à d’autres personnages, vient multiplier les regards sur une même réalité, le tout construisant in fine la destinée du personnage principal : aux côtés de la quête de cette mère aux modestes ressources, on trouve ainsi une autre mère du même âge également confrontée à la disparition de son fils et qui jouit d’un statut social économiquement privilégié. L’occasion de rappeler que les disparitions touchent toutes les classes sociales et qu’une véritable solidarité, comme en témoignent les personnages du film, entre mères quelles que soient leurs origines, peut se développer au Mexique.

Une autre histoire aussi se développe et vient prendre une ramification avec la première après le départ de cette autre mère : celle du jeune Mexicain expulsé des États-Unis après quatre ans et qui retrouve la maison maternelle abandonnée. Ces trajectoires de vie sont montées avec un art subtil du récit pour toujours vivifier l’intérêt du spectateur découvrant des situations complexes, loin de tout manichéisme réducteur. La mise en scène est d’ailleurs largement appuyée par l’excellente composition de l’image de Claudia Becerril qui avait auparavant manifesté de son extraordinaire sensibilité créatrice dans le documentaire Baño de vida (2016) de Dalia Reyes, réalisatrice que l’on retrouve d’ailleurs ici en qualité de directrice artistique. Tous ces talents au féminin réunis en un même film offre un nouveau souffle à la fiction mexicaine dédiée à la dénonciation des crimes impunis mêlant narcotrafic et complicité des représentants de l’ordre.  

 

 

Sin señas particulares
de Fernanda Valadez
Fiction
97 minutes. Mexique - Espagne, 2019.
Couleur, Format : 2,35
Langue originale : espagnol

 

Avec : Mercedes Hernández (Magdalena), David Illescas (Miguel), Juan Jesús Varela (Jesús), Ana Laura Rodríguez, Laura Elena Ibarra, Xicoténcatl Ulloa
Scénario : Fernanda Valadez, Astrid Rondero
Images : Claudia Becerril
Montage : Fernanda Valadez, Astrid Rondero
Musique : Clarice Jensen
Son : Misael Hernández
Directrice artistique : Dalia Reyes
Production : Corpulenta Producciones (Mexique), Avanti Pictures, Enaguas Cine, Producciones (Espagne)
Producteurs : Astrid Rondero, Fernanda Valadez, Jack Zagha, Yossy Zagha
Vendeur international : Alpha Violet

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