Cinélatino 2020 : "Sirena" de Carlos Piñeiro

En 1984 sur le lac Titicaca, un groupe de quatre hommes part à la recherche du cadavre d’un ingénieur retrouvé dans un village isolé où la population parle uniquement l’aymara.

"Sirena" de Carlos Piñeiro © DR "Sirena" de Carlos Piñeiro © DR
Film en compétition long métrage de la 32e édition du Festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse 2020 : Sirena de Carlos Piñeiro

Sur la planète du cinéma, la Bolivie occupe une place particulière où la production est certes peu élevée mais où il en ressort des œuvres d’une très grande exigence, si l’on se base sur deux films récents à savoir Viejo calavera de Kiro Russo et Sirena de Carlos Piñeiro. Les deux films sont d’autant plus extrêmement liés qu’ils sont tous les deux produits par le même collectif Socavón Cine et que les réalisateurs des deux films ont participé rciproquement au film de l’autre : Kiro Russo a travaillé sur la conception sonore de Sirena tandis que Carlos Piñeiro était responsable des décors de Viejo calavera.

La conception esthétique des deux films appartient à une tradition cinéphile qui donne la primeur à l’image dans la mise en scène, rejoignant autant la philosophie du montage d’Eisenstein que la sacralité des compositions des plans chers à Tarkovski. Sirena plonge littéralement dans un monde mystérieux au-delà de la rationalité cartésienne classique avec des premiers plans aquatiques abstraits comme si pouvait se matérialiser à l’image l’être mythique évoqué par le titre. L’usage du Noir & Blanc ne se contente pas de créer le déplacement temporel avec une histoire qui se déroule en 1984 mais insiste sur la puissance des contrastes de la gamme chromatique de lieux traversés par d’intenses rayons solaires.

Ce mouvement difficile de quatre hommes dont un guide aymara se transforme peu à peu en un cheminement initiatique où une partie de la population bolivienne en rencontre une autre alors que jusqu’ici les deux se contentaient de s’ignorer. Cette violence d’opposition culturelle est ainsi portée par la psychologie de l’ingénieur qui se sent viscéralement mal à l’aise en entrant dans le village aymara dont le fonctionnement et les logiques dépassent son besoin de contrôle, en petit chef autoritaire qu’il est. Le rituel mortuaire proposé par la communauté aymara devient dès lors une opportunité pour ces hommes issus de la capitale de faire un voyage initiatique de retour aux racines des cultures amérindiennes boliviennes dans ce lieu hautement significatif qu’est le lac Titicaca pour le pays. Viejo calavera en plongeant dans les profondeurs magiques, quasi chamaniques des mines, faisait déjà aussi cette proposition cinématographique de retour initiatique aux origines. Ces deux premiers longs métrages sont ainsi fondamentalement enracinés dans la confiance dans la capacité du cinéma à générer des émotions intenses chez le spectateur de l’ordre d’un rituel magique.

 

 

Sirena
de Carlos Piñeiro
Fiction
75 minutes. Bolivie, 2019.
Noir & Blanc
Langues originales : aymara, espagnol

Avec : Daniel Aguirre, Kike Gorena, Brian Ramírez, Benjamín Pari, Ariel Mariaca
Scénario : Juan Pablo Piñeiro et Diego Loayza, d’après une idée originale de Carlos Piñeiro
Images : Marcelo Villegas
Montage : Amanda Santiago
Musique : María Antonienta García Meza de Pacheco
Son direct : Sergio Medina
Design sonore : Kiro Russo
Décors et costumes : Juan Ignacio Revollo, Viviana Baltz et Mario Andrés Piñeiro
Production : Colectivo Marketero, Socavón Cine
Producteurs : Carlos Piñeiro, Juan Pablo Piñeiro
Producteurs exécutifs : Carlos Piñeiro, Juan Pablo Piñeiro, Diego Loayza, María Beatriz Piñeiro

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