International Film Festival Rotterdam 2020 : «Los que vuelven» de Laura Casabé

En 1919 au milieu d’une grande forêt, des colons d’origine européenne exploitent les ressources naturelles et réduisent à l’esclavage les populations guaranis. Pour sauver son bébé mort à la naissance, l’épouse de l’exploitant des lieux, invoque malgré l’interdit l’Iguazú, la divinité du jour et de la nuit.

"Los que vuelven" de Laura Casabé © DR "Los que vuelven" de Laura Casabé © DR
Dans la continuité de La Llorona de Jayro Bustamante qui convoquait une entité mythologique propre à l’Amérique latine en utilisant les codes du film d’horreur pour évoquer le génocide dont la population guatémaltèque a été la victime, Los que vuelven de Laura Casabé s’inscrit pleinement dans cette nouvelle ambition du cinéma latino-américain. Il s’agit ici en l’occurrence de dénoncer les massacres et l’exploitation faite par les colons européens à l’égard des populations Guaranís un siècle plus tôt. « Los que vuelven » (littéralement : ceux qui reviennent) prennent la forme d’êtres possédés, tels des zombies à la suite d’un rituel vaudou (on voit notamment une poule prête à être sacrifiée) qui viennent prendre leur revanche sur leurs propriétaires esclavagistes. Ils bénéficient pour cela de la magie mystérieuse d’Iguazú, la divinité guarani du jour et de la nuit.

La figure du revenant est une parfaite illustration des morts qui viennent réclamer justice dans une société totalement injuste reposant sur la discrimination. Laura Casabé qui a touché à différents styles du cinéma de genre dans ses précédents longs métrages (comédie, science-fiction et thriller avec La Valija de Benavídez en 2016 et El Hada buena, una fábula peronista en 2010), revient avec un sujet qu’elle porte depuis longtemps en adaptant au format long son court métrage La vuelta del malón qui date de 2010. Les intentions sont louables mais contrairement à la réussite plastique et scénaristique du film de Jayro Bustamante, Los que vuelven manque d’imagination, notamment autour de la construction de l’image pour créer les ambiances magiques de l’horreur où tout peut surgir. Le fantastique a ainsi été bien trop pris en charge par la bande sonore avec les maladresses inhérentes que cela suppose lorsqu’il n’y a pas d’osmose entre l’image, le son et l’interprétation des acteurs. De même, du côté du scénario il manque un développement plus profond de la situation sociale et politique de l’Argentine un siècle plus tôt pour saisir dans son horreur la situation des Guaranis et l’exploitation qu’a permis tout l’ensemble d’une organisation étatique. Autrement dit, les intentions de la cinéaste et coscénariste sont perspicaces mais elle n’a pas su trouver dans ses choix de mise en scène la manière de réimpulser l’énergie du film de genre au service d'un contenu politique.

 

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Los que vuelven
de Laura Casabé
Fiction
92 minutes. Argentine, 2019.
Couleur
Langues originales : espagnol, guarani

Avec : Maria Soldi, Lali Gonzalez, Alberto Ajaka, Javier Drolas, Edgardo Castro, Cristian Salguero, Sebastián Aquino
Scénario : Paulo Soria, Laura Casabé, Lisandro Bera
Images : Leonardo Hermo
Montage : Daniel Casabé, Luz Lopez Mañe
Musique : Leonardo Martinelli
Son : Santiago Fumagalli
Décors : Marina Raggio
Production : Ajimolido Films
Producteur : Alejandro Israel
Ventes internationales : Reel Suspects

 

LOS QUE VUELVEN - Trailer oficial © Pato Pagliari

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