International Film Festival Rotterdam 2020 : "Ofrenda" de Juan Mónaco Cagni

Deux amies se retrouvent à deux âges de leur vie, sans mots dire, se laissant traverser par la force du moment présent parmi la douceur naturelle de la pampa argentine comme d’un lieu déserté de la périphérie urbaine.

"Ofrenda" de Juan Mónaco Cagni © dr "Ofrenda" de Juan Mónaco Cagni © dr
Présenté en première mondiale à l’IFFR 2020, le festival de Rotterdam réalise là l’une de ses plus importantes découvertes au sein du cinéma latino-américain avec ce jeune réalisateur de 22 ans, dont l’équipe technique est extrêmement réduite et le budget dérisoire. Avec une humilité dans l’expérimentation cinématographique, Juan Mónaco Cagni dans sa première expérience de cinéma connue (impossible de trouver trace sur le Net d’autres informations sur ses expériences précédentes) livre une expérience élégiaque de son rapport au monde où les moyens techniques de cinéma ne sont plus un frein à la connexion atemporelle de la poésie que recèle le rapport humain au réel. Il est rare au cinéma qu’une œuvre puisse aussi bien atteindre le statut de poème. Et c’est avec une économie de moyens réduits à l’essentiel et un minimalisme riche de sens que ce film prend une ampleur universelle or du temps et de l’espace. Cette force élégiaque du cinéma se retrouve certes aussi chez Andreï Tarkovski mais ici avec un minimalisme qui part de l’individu humain pour toucher les questions métaphysiques du rapport au monde sans invoquer une historicité hors du cadre de la caméra. Le film est d’autant plus proche de la forme de production du poème, qu’il se construit dans le rapport immédiat d’un individu à son environnement comme l’illustre le poète allemand Rainer Maria Rilke cité dans le film.

Juan Mónaco Cagni s’affranchit du diktat imposé de l’axe narratif d’un scénario en mettant en scène à deux époques différentes le rapport de deux personnes autour de la force de ce qui les lient sans qu’aucun mot ou presque ne soit prononcé entre elles. De l’enfance aux prémisses de l’âge adulte, ces deux individus féminins se saisissent de la mémoire de la vie comme autant de sédiments drainés par le flux incessant de la vie représentée par un cours d’eau. Le cinéaste vient rappeler que le cinéma est lui-même construit sur la force de sédimentation des souvenirs des actions passées de nos vies respectives, en se libérant du prétexte d’une histoire pour représenter la magie qui se trouve toujours dans la rencontre entre deux individus. Un poème métaphysique fascinant !

 

 

Ofrenda
de Juan Mónaco Cagni
Fiction
65 minutes. Argentine, 2020.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Alma García, Leonela Laborde, Olivia Righetti, Carla Stankievich, Carlos Mallo, Eduardo Chourrout, Patches
Scénario : Juan Mónaco Cagni
Images : Augusto Monaco
Montage : Augusto Monaco
Musique : Bruno Fitte
Son : Juan Mónaco Cagni, Augusto Monaco
Décors : Ariel Martínez
Production : 4KL
Producteur : Ariel Martínez

 

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