En VoD : "The Human Surge" d’Eduardo Williams

En Argentine, un jeune perd son travail, retrouve ses amis et se connecte avec le Mozambique où des jeunes hommes errent de ci de là partageant les mêmes fourmis sur le sol que celle d’une jeune femme aux Philippines, tous traversant des activités rémunérées faites de soumission.

"The Human Surge" (El Auge del humano) d'Eduardo Williams © Shellac Sud "The Human Surge" (El Auge del humano) d'Eduardo Williams © Shellac Sud
Sortie VoD du 15 avril 2020 : The Human Surge d’Eduardo Williams

Eduardo Williams avec ce premier long métrage reste fidèle à ses désirs d’expérimentation à l’œuvre dans ses courts et offre à vivre la sensation surréaliste d’ubiquité à l’heure de la communication globale. Ainsi, l’esprit du spectateur est amené à vivre successivement dans une même fiction documentaire la nonchalance d’adolescents à Buenos Aires en Argentine, au Mozambique et aux Philippines, du milieu urbain à la savane puis à la forêt avant de retrouver quelques habitations avec cette quête éternelle et toujours insatisfaite pour les trois protagonistes aux nationalités distinctes : la connexion à Internet. Eduardo Williams interroge les liens étroits de cause à effet entre désinvestissement dans l’ici et le maintenant et le besoin irrépressible d’être ailleurs. La caméra suit ses personnages avec beaucoup de mobilité, sans jamais cacher sa présence pour insérer profondément la réalité documentaire de ce qui se passe dans l’image.

Une fois baigné dans l’immédiateté d’un quotidien appelé à l’absence de mouvement, voici que le film propose à travers une transition elliptique géographique fascinante de passer de faire un tour de la Terre en visitant trois points séparés par une quasi égale distance. Via l’approche libre de ce que d’aucuns appellent le cinéma expérimental, Eduardo Williams vient mettre en réflexion le cinéma spectacle dont le représentant le plus explicite est James Bond, cet éternel touriste qui se crée des missions aux enjeux stratégiques géopolitiques pour consommer les pays qu’il traverse avec pertes et fracas. En effet, l’enjeu de ces films « internationaux » cultivent chez le spectateur le faux espoir de fuir un ici et maintenant où il n’y aurait pas de récit pour fantasmer une relation à une géographie inaccessible. Les protagonistes de The Human Surge (El Auge del humano) sont ainsi comme dans un film d’action toujours en mouvements et incidemment en quête éperdue d’eux-mêmes. Et à la différence de James Bond, ce travailleur touriste vivant dans le luxe de ses moyens mis à disposition dans la continuité du désir colonialiste de l’impérialisme britannique du XIXe siècle, les protagonistes du film d’Eduardo Williams sont les travailleurs de l’ombre de l’économie globalisée, alimentant les rayons des grandes surfaces, assurant des services de téléphonie ou fabriquant du matériel informatique pour que le monde continue à rester connecté sous la fausse vertu autoproclamée de liberté de mouvement des citoyens du monde. C’est la singularité du dispositif audacieux d’Eduardo Williams autour de son film de prendre en considération ces problématiques de la modernité immédiate.

 

 

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The Human Surge
El Auge del humano
d'Eduardo Williams
Fiction
99 minutes. Argentine, Brésil, Portugal, 2016.
Couleur
Langues originales : portugais, visayan, espagnol

Avec : Sergio Morosoni, Shine Marx, Domingos Marengula Marengula, Chai Fonacier,Irene Doliente Paña, Manuel Asucan, Rixel Manimtim avec la collaboration artistique de Nahuel Pérez Biscayart
Scénario : Eduardo Williams
Images : Joaquín Neira, Jullien Guillery, Eduardo Williams
Montage : Alice Furtado, Eduardo Williams
Son : Miltón Rodriguez, Roy Llanes Roncales, Pedro Marinho Marinho, Joseph Dennis, Asuncion Gagarin
Décor et costumes : Victoria Marotta
Production: Violeta Bava (Ruda Cine), Rosa Martínez Rivero (Ruda Cine), Jerónimo Quevedo (Un Puma), Victoria Marotta (Un Puma)Producteur associé:Matheus Pecanha
Distributeur (France) : Shellac

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