Festival des 3 Continents de Nantes 2017 : "Los Versos del olvido" d’Alireza Khatami

Dans un cimetière au Chili, un vieil homme aux portes de la retraite continue à s’occuper des morts malgré l’irruption et la violence des miliciens cachant les corps de détenus politiques.

"Los Versos del olvido" d’Alireza Khatami © DR "Los Versos del olvido" d’Alireza Khatami © DR

Les disparus politiques de la dictature de Pinochet hantent le cinéma chilien, que celui-ci prenne la voie de Patricio Guzmán (Nostalgie de la lumière, Le Bouton de nacre), de Pablo Larraín (Tony Manero, Post Mortem) ou encore du documentaire récent d’Elvira Díaz El Patio où la réalisatrice interroge les « gardiens » de la mémoire des employés d’un cimetière de Santiago du Chili, témoins pour certains d’entre eux de la dissimulation de corps d’hommes et de femmes assassinés sous la dictature. Los Versos del olvido d’Alireza Khatami par son sujet, ses personnages, son lieu d’action et ses thèmes, serait comme la version fictionnée du film d’Elvira Díaz avec un parti pris des plus étonnants. Tout d’abord, le témoignage de cette période traumatique pour tous les Chiliens des diverses générations est ici traité par un jeune cinéaste d’origine iranienne qui a confié les rôles principaux de son film à des acteurs espagnols. À l’oreille, l’accent catalan crée un énorme décalage avec la réalité chilienne où peut dès lors surgir la dimension surréaliste du film comme cette immense cétacé déambulant dans le ciel. Le film débute avec cette séquence clin-d’œil au Goût de la cerise d’Abbas Kiarotami où un fossoyeur invisible lance un dialogue d’outre-tombe tandis que le personnage principal reste statique près de la fosse en train d’être creusée. Tout au long du film, on ne verra que peu de personnages, la plupart étant isolés du reste du monde, comme dans une situation apocalyptique où l’humanité aurait déserté l’espace public. Chaque personnage déambule comme un fantôme, au sein du cimetière comme de la morgue. Les personnages incarnant l’administration sont totalement décalés de la réalité, comme si le monde humain était en suspens, subtile exposition d’une société en situation de post-traumatisme. Ce qui est également très étonnant dans ce film, c’est le surgissement d’un humour noir, avec des personnages apathiques violentés par les conditions oppressantes de la dictature, qui produisent un décalage dérisoire vis-à-vis de leur réalité. Le film est ainsi à l’image de son titre : poétique et ancré dans le réel.

 

 

Los Versos del olvido
d’Alireza Khatami
Fiction
94 minutes. Allemagne – Chili – Pays-Bas - France, 2017.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Juan Margallo, Tomás Del Estal, Manuel Morón, Itziar Aizpuru, Julio Jung, Gonzalo Robles, Amparo Noguera
Scénario : Alireza Khatami
Images : Antoine Héberlé
Montage : Florent Mangeot
Son : Miroslav Babic, Markus Krohn, Tom Korr
Directeur artistique : Jorge Zambrano
Production : House On Fire
Producteur délégué : Giancarlo Nasi
Directeurs de production : Vincent Wang, Fred Bellaïche, Dominique Welinski
Ventes Internationales : Urban Distribution International delphyne@urbangroup.biz

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