"La Defensa del dragón" de Natalia Santa © Galaxia 311 "La Defensa del dragón" de Natalia Santa © Galaxia 311

Dans un quartier de Bogota, Samuel est un joueur d'échec invétéré, qui gagne sa vie sur quelques paris assurés au mythique club Lasker, tandis que son vieil ami Joaquín tente tant bien que mal de maintenir sa boutique d'horloger. Avec Samuel, ils forment un trio d'amis s'efforçant de faire face au quotidien en masquant leurs échecs personnels.

Savoir jouer aux échecs, ce serait littéralement l'art d'assumer ses erreurs et mettre en scène sa défaite avec panache. Il est étonnant qu'un jeu mette en valeur non pas l'enjeu du vainqueur mais la défaite du concurrent. La passion du jeu des personnages de ce premier long métrage pour le cinéma de Natalia Santa prend des proportions qui submergent tout leur quotidien et révèlent ainsi leur propre fragilité d'hommes de plus de cinquante ans face à des choix de vie vraisemblablement lourds à assumer. Une fois de plus, la subtile et riche direction artistique du film assurée par Marcela Gómez Montoya à qui l'on doit également le décor sur Gente de bien et La Terre et l'ombre, renvoie à une époque antérieure, comme si le temps s'était arrêté de passer pour ces personnages anhistoriques. D'ailleurs, lorsque le temps réapparaît, c'est pour annoncer une triste nouvelle, comme celle d'un cadavre retrouvé et identifié dans le contexte de l'histoire sanglante du pays. Natalia Santa offre ici un regard personnel et peu commun sur la vie quotidienne de quinquingénaires colombiens, qui seraient comme les cousins éloignés des protagonistes de Whisky de Pablo Stoll et Juan Pablo Rebella. La situation socio-économique des personnages étant assez similaire, avec les affres d'une solitude consacrée par de sempiternelles lourdes habitudes. Pour en attester esthétiquement, le film évolue vers des teintes sombres, marrons et de très nombreux espaces confinés avec des scènes exclusivement tournées en intérieurs. La mise en scène est précise et ne souffre que peu d'hésitation dans son montage. Le réalisme, même s'il est la toile de fond du récit, n'en est pas pour autant la source d'inspiration de la réalisatrice qui préfère donner vie à son scénario en faisant incarner son récit par des acteurs professionnels bien conscients de leur jeu. Il manque à cet égard une direction d'acteurs un peu plus soutenue qui fasse sortir les acteurs des grandes ficelles d'interprétation. Il n'en reste pas moins une atmosphère, une précision dans le montage et un scénario subtil d'une sage humilité qui donne à ce film toute sa pertinence, quand bien même on reste bien loin des grands moments du cinéma colombien récemment passé par la Quinzaine des Réalisateurs, qu'il s'agisse de L'Étreinte du serpent de Ciro Guerra ou de La Sirga de William Vega.

 

La Defensa del dragón
de Natalia Santa

Avec : Gonzalo de Sagarmínaga, Hernán Méndez, Manuel Navarro
Scénario : Natalia Santa
Images : Nicolás Ordóñez, Iván Herrera
Son : Juanma López
Décor : Marcela Gómez Montoya
Montage : Juan Soto
Musique : Gonzalo de Sagarminaga
Productrice : Ivette Liang
Production : Galaxia 311
Vente internationale : M-Appeal

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