Quelles fictions pour les cinémas d'Amérique latine ?

De quoi l'Amérique latine est le nom ? Quel est l'imaginaire invoqué par cette expression, notamment pour le public français et la présentation qu'en font les festivals de cinéma ? Amanda Rueda analyse ici l'espace de la rencontre de l'Autre que d'aucuns disent latino.

Parution du livre L'Amérique latine en France d'Amanda Rueda

Abusivement, un film devient l'ambassadeur de son pays pour des publics et intellectuels émérites en manque d'exotismes et autres produits consommables prépensés. Lorsque l'on s'y arrête de plus près, Amanda Rueda par le titre faussement simple de son ouvrage annonce une singulière antinomie : comment un territoire, qui plus est représentant un continent, peut-il se retrouver en un autre plus petit ? Comment l'Amérique latine peut-il être contenu en France ? Cela suppose diverses réductions réalisées au profit d'un usage univoque, dans un immédiat premier temps, de la pensée du public français. Le questionnement de l'Altérité et ce que l'on y rencontre à l'éprouver, est au cœur des analyses d'Amanda Rueda, maîtresse de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université toulousaine du Mirail (aujourd'hui prénommée Jean Jaurès). Autour de cette préoccupation anthropologique, c'est l'imaginaire véhiculé par tout un continent et ses populations dans les festivals de cinéma qui est ici appréhendé. Le contexte posé commence par un état des lieux de la place des films produits en Amérique latine dans le festival prescripteur en France de nouvelles cinématographies internationales : Cannes. Au fil des années se sont dessinées des logiques de programmation propres à l'organisation cannoise qui fait de cette ville la « douane officielle » où les films étrangers doivent passer pour être labellisés consommables par le public européen et plus particulièrement français. Face à cette présence limitée de l'expression des expériences de vie latino-américaines, des festivals spécialisés apparaissent à la fin des années 1970 et en 1980 : c'est le cas de Nantes, Biarritz, Créteil, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Amiens et de Toulouse. Pour ce dernier cas, Amanda Rueda étudie plus particulièrement en long et en large l'histoire du festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse qui a fêté en 2018 sa trentième édition, connaissant intimement ce festival de l'intérieur en tant que membre actif depuis plus de quinze ans. L'histoire de Cinélatino permet ici de comprendre sa construction évolutive, à partir d'une origine militante et festive jusqu'à sa professionnalisation conséquente, à l'instar d'autres festivals. Au-delà du portrait qui résulte ici de Cinélatino au fil des chapitres, c'est plus généralement la responsabilité sociale d'une manifestation culturelle censée créer des ponts entre les cultures qui est ici interrogée. Cela passe par les choix de programmations que par la mise en scène des festivités qui produit un autre ordre du monde que celui hyper hiérarchisé cannois selon une conception élitisme de l'art. Dans un festival de cinéma, on partage des imaginaires, des fictions, même s'il est question de documentaire et de réalités documentées par la fiction. L'imaginaire n'est donc pas problématique en soi : Amanda Rueda analyse finement avec ses outils conceptuels à quels besoins de la société historiquement inscrite répond la prise en charge de cet imaginaire. Comme les films en général, l'appréhension du monde ne va pas de soi il faut le mettre en perspective : une réflexion que laisse se poursuivre la lecture de ce livre.




 

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L'Amérique latine en France. Festivals des cinémas et territoires imaginaires
d'Amanda Rueda

Nombre de pages : 378
Date de sortie (France) : mars 2018
Éditeur : Presses Universitaires du Midi
Collection : Hespérides


 

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