Entretien avec Gustavo Rondón Córdova, réalisateur de "Familia"

En mai 2014, Gustavo Rondón Córdova participait à la Fabrique du festival de Cannes afin de présenter son projet de premier long métrage "Familia" où cet entretien a été réalisé. Après un passage à Cannes à la Semaine de la Critique, le film fait à présent partie des longs métrages en compétition de la 26e édition du festival de Biarritz tout en en assurant l'ouverture ce lundi 25 septembre 2017.

Gustavo Rondón Córdova © DR Gustavo Rondón Córdova © DR

Cédric Lépine : Au moment où vous participez à la Fabrique, à quelle étape est l'écriture du scénario ?
Gustavo Rondón Córdova :
Le scénario est encore en développement. Nous avons d'ores et déjà eu de bons retours avec une résidence auprès d'Ibermedia, une invitation à Oaxaca au Mexique pour continuer l'écriture du film et nous avons gagné des prix au festival d'Amiens et à la Berlinale.

C. L. : Quel est le sujet du film ?
G. R. C. :
C'est l'histoire d'un homme de 40 ans, Andrés, et de son fils de 12 ans. Ils vivent ensemble à Caracas dans un quartier dangereux. Le père passe beaucoup de temps en dehors de sa maison à travailler. Pendant ce temps, son fils multiplie les expériences dans la rue et un jour, il blesse gravement un autre jeune d'un coup de couteau. Le père et le fils doivent dès lors prendre la fuite pour échapper aux représailles des proches du jeune blessé. Ils finissent par se réfugier dans un appartement où le père travaille et à partir de ce moment, l'un et l'autre commencent vraiment à faire connaissance. Ils comprennent ainsi qu'ils doivent s'unir pour trouver des solutions. Le film traite ainsi de cette nouvelle rencontre entre un père et son fils. Il s'agit pour moi d'une exploration de la responsabilité d'un père vis-à-vis du quotidien si complexe de son fils.

C. L. : Savez-vous à l'heure actuelle comment vous allez mettre en scène cette histoire ? Est-ce qu'il s'agira du prolongement esthétique de vos courts métrages ?
G. R. C. :
J'ai d'ores et déjà réalisé sept courts métrages et cela me donne en effet une bonne expérience de la mise en scène. Je souhaite explorer le sujet des relations familiales confrontées au passage du temps. Ces relations ne sont dès lors plus ce qu'elles étaient et il s'agit pour chaque protagoniste de comprendre qu'il existe une autre personne en dehors de soi. Ceci est le point de vue thématique ; en ce qui concerne le traitement formel, ce sera très réaliste. Je suis intéressé par le cinéma direct et réaliste de tous les points de vue. Bien plus que les conflits entre un père et son fils, je veux montrer comment la réalité qui les environne les conditionne. Pour cette raison, je souhaite rester le plus fidèlement possible attaché à la réalité.

"Familia" de Gustavo Rondón Córdova © DR "Familia" de Gustavo Rondón Córdova © DR

C. L. : Quelle est l'étape du processus créatif de la réalisation d'un film qui vous intéresse le plus ?
G. R. C. :
Je viens du montage aussi je prête beaucoup d'attention à cette partie où se révèle vraiment le film. Cela m'a appris à écrire un scénario très fluide. Je suis fasciné par la complexité de la narration cinématographique et je porte une grande attention à la crédibilité des scènes et de l'interprétation. C'est pourquoi je tiens à travailler longuement avec les acteurs. Je dirais que ce que j'aime le moins, c'est la partie de l'écriture du film, un long et complexe processus, qui m'a conduit à me confronter à diverses versions de scénario dont la première est apparue il y a déjà quelques années. À l'heure actuelle, le processus d'écriture est toujours très vivant. Mon intention initiale consiste à développer une histoire très simple sans grandiloquence. L'écriture d'un scénario consiste pour moi à simplifier au maximum l'histoire en enlevant les feuilles inutiles de la plante en pleine croissance.

C. L. : Durant ce processus de présentation du projet à divers professionnels du monde entier, s'agit-il d'anticiper les attentes des divers publics internationaux ?
G. R. C. :
Dans ce cheminement je recherche précisément à ce que mon film puisse être partagé d'un pays à un autre. J'en ai déjà fait l'expérience avec mes courts métrages : la problématique consiste à réaliser un film très personnel et intime qui parle de la réalité vénézuelienne tout en basant sa communication sur l'universalité des relations entre les personnages. Je pense davantage à la réception en général qu'au public en particulier. Pour cette raison, il est essentiel pour que le film soit vu, compris et quels que soient les points de vue et sensibilités de chacun, que l'histoire reste la même pour tous.

C. L. : De ce point de vue, distinguez-vous le public vénézuelien du public du reste du monde à l'égard de votre film en devenir ?
G. R. C. :
Le public vénézuelien est en train de vivre un moment important dans l'histoire du cinéma national. En effet, nos films commencent à être vus à l'étranger grâce à une véritable politique de développement de l'industrie cinématographique. Le public vénézuelien voit beaucoup de films, y compris le cinéma d'auteur. Ainsi, Pelo malo de Mariana Rondón qui a remporté la Concha de oro du festival de San Sebastián est resté longtemps à l'affiche des salles au Venezuela. En ce sens, il est pour moi essentiel d'offrir au public vénézuelien des films dans lesquels il puisse s'identifier, que ce qui se passe dans l'histoire soit vrai. Un de mes principes de base est de pouvoir traiter le public avec le même respect que lui-même me traite.

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