Pancho Villa, un héros révolutionnaire picaresque

En 1914, alors que le dictateur Porfirio Diaz est déchu et que Madero, le nouveau président élu de la nouvelle république mexicaine, est assassiné, la révolution se poursuit au plus fort d’une lutte pour le pouvoir. La bataille de Zacatecas est déterminante pour Pancho Villa et ses hommes.

À propos du roman graphique Pancho Villa de Paco Ignacio Taibo II et Eko

Une rencontre explosive que celle de l’écrivain mexicain de polar Paco Ignacio Taibo II et la figure historique du plus tonitruant révolutionnaire mexicain au sein d’un roman graphique ! Le ton de cette rencontre est donnée dès la première image de couverture de cet ouvrage avec un Pancho Villa dont le pistolet semble sortir du cadre pour aller traquer un ennemi invisible au-delà du livre à l’instar du cow-boy hors-la-loi pointant son gun sur le spectateur dans le premier western de l’histoire du cinéma Le Vol du grand rapide (The Great Train Robbery d’Edwin S. Porter et Wallace McCutcheon, 1903). Ce rapprochement n’a rien d’anodin lorsque l’on sait que Pancho Villa s’est très vite intéressé au cinéma tout juste naissant comme moyen de propagande. Des opérateurs venus d’Hollywood sont venus ainsi filmer Pancho Villa durant ses campagnes militaires dans un Mexique en pleine effervescence révolutionnaire. C’est pourquoi Pancho Villa trouve très bien sa place dans ce roman graphique où le Noir & Blanc des gravures assure la filiation du personnage au Noir & Blanc des images cinématographiées du Villa des années 1910.

 Paco Ignacio Taibo II connaît parfaitement son sujet pour avoir écrit la biographie Pancho Villa. Roman d’une vie (éditions Payot & Rivages 2009, traduction de Claude Breton). Centré sur l’épisode de la bataille de Zacatecas dont l’issue favorable doit permettre aux troupes de Pancho Villa d’entrer dans la capitale de Mexico, l’auteur réussit à condenser toute la figure du hors-la-loi révolutionnaire avec des scènes d’excès guerriers, d’humour noir et d’une iconographie qui s’oppose pleinement à l’image d’Épinal du révolutionnaire mexicain. Il n’est pas question de mettre en valeur une geste guerrière d’une grande figure de l’histoire mexicaine mais bien d’insister sur la vacuité des circonstances des luttes de pouvoir entraînant des charniers de cadavres. À ce titre, le très beau travail de gravure d’Eko (pseudonyme d’Héctor Stanislaw de la Garza Batorski) mis en valeur sous forme de larges planches, rend bien compte d’un monde mortifère où les hommes armés dans leur ensemble sont d’autant plus considérés comme de la poudre à canon qu’ils ne sont pas individualisés dans les gravures : ils sont déjà des cadavres ambulants. À ce titre, ce roman se veut critique et réflexif sur la figure politico-révolutionnaire surmédiatisée en ce début de XXe siècle, aussi bien au Mexique qu’aux États-Unis. Il n’est ici jamais question des enjeux sociaux de la révolution mexicaine puisqu’ils étaient en effet davantage incarnés par l’autre figure devenue icône de la révolution mexicaine : Emiliano Zapata. Situé entre fiction et réalité, tragédie et récit picaresque, ce roman traduit au mieux dans son fond et sa forme la figure de Pancho Villa au moment où il a souhaité la mettre en scène. Un roman graphique villesque !

 

 

 

nada-pancho-villa © Nada éditions nada-pancho-villa © Nada éditions

 

Pancho Villa. La Bataille de Zacatecas

de Paco Ignacio Taibo II et Eko

 

Nombre de pages : 312

format : 13 novembre 2015

Date de sortie (France) : 13 novembre 2015

Éditeur : Nada éditions

ISBN : 9791092457094

 

lien vers le site de l’éditeur : http://www.nada-editions.fr/?page_id=355

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