Cronos féminin

Valeria, 17 ans, est amoureuse et enceinte de Mateo. Elle n’en a encore rien dit à sa mère Abril. Lorsque celle-ci débarque dans son quotidien, Valeria est encore loin d’imaginer la situation de non retour à laquelle elle va être confrontée.

"Les Filles d’Avril" de Michel Franco © DR "Les Filles d’Avril" de Michel Franco © DR

Sortie nationale (France) du 2 août 2017 : Les Filles d’Avril de Michel Franco

La famille est décidément un espace pathogène où l’individu est amené à se déstructurer dans le cinéma de Michel Franco (Chronic, Después de Lucía, Daniel y Ana) et son nouveau film Les Filles d’Avril franchit une étape de plus dans cette exploration. Il ne s’agit pas non plus chez le cinéaste-scénariste-monteur-producteur Michel Franco d’une vision fataliste sur de respectables efforts humains pour se construire, mais plutôt d’un regard d’entomologiste passionné des relations familiales qui va jusqu’à grossir le trait de certaines relations afin de mieux les exorciser. Car il ne faut pas se méprendre : la vision naturaliste, quasi clinique de Michel Franco qui n’est pas sans rappeler celle de Michael Haneke posée sur ses contemporains, n’a pas de visée socioréaliste, au sens où il s’évertuerait à rendre compte d’une réalité sociologique issue d’un constat socio-économique et politique particulier. Bien que le cinéaste mexicain ait choisi de tourner son film dans son pays d’origine, après l’anglophone Chronic, les figures de ses personnages prennent une dimension universelle : la mère vampirisant ses enfants est bien un Cronos féminin, à la fois convaincue du bien fondé de ses actes plus que moralement douteux et luttant contre son propre statut remis en question lorsque ses filles témoignent de leur émancipation. Si cela n’empêche pas non plus de traiter la réalité bien réelle au Mexique de la forte présence des filles-mères, c’est avant tout un point de départ pour commencer un récit. À cet égard, Michel Franco choisit de multiplier les points de vues, permettant à chacun de ses personnages de défendre ses intentions pourtant difficilement digérables par le regard d’autrui. Ce regard devient pluriel, quasi choral sans l’être tout à fait car la mère prend une ampleur hors du commun, portée par une interprétation audacieuse d’Emma Suárez, beaucoup plus impressionnante que sous la direction du pourtant émérite directeur d’actrices Pedro Almodóvar dans le rôle titre de Julieta. La galerie des personnages féminins, qu’il s’agisse des deux sœurs, de la mère ou encore de la nourrice, est des plus singulières, évitant la facilité manichéiste de la répartition victime/bourreau entre elles. Quant aux hommes, ils sont assez justement décrits soit en père prépubère puéril et aisément manipulable ou soit en père gardien autoritaire impitoyable de son foyer. Un film qui ose donner un coup de pied dans la fourmilière de l’image idéologique de la famille contemporaine, lieu de refuge trop souvent source d’angoisses profondes, surtout lorsqu’entre en jeu l’héritage des traumas passés. La famille mérite donc bel et bien, avant d’être acceptée, d’être pensée profondément, sans fards sur les relations de pouvoir qui s’y cachent : tel est une des portées progressistes du film de Michel Franco !

 

 

les-filles-d-avril-2017

Les Filles d’Avril
Las hijas de Abril
de Michel Franco
Fiction
103 minutes. Mexique - France, 2017.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Emma Suárez (Abril), Hernán Mendoza (Gregorio), Ivan Cortes (Jorge), Joanna Larequi (Clara), Enrique Arrizon (Mateo)
Scénario : Michel Franco
Images : Yves Cape
Montage : Jorge Weisz, Michel Franco Mixage
Son : Federico González Jordán
Producteurs : Michel Franco, Lorenzo Vigas, Moisés Zonana
Producteurs exécutifs : Tim Roth, Rodolfo Cova, David Zonana, Gabriel Ripstein
Coproducteurs : Grégoire Lassalle, Juliette Sol
Producteurs associés : Yardena Maimón, Abigail Martínez S., Jorge Hernández Aldana, Ivan Applegate Curiel
Distributeur (France) : Version originale / Condor

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