De la politique équatorienne de Rafael Correa

Après avoir bien mis en évidence l’impossibilité pour les grands médias français de traiter des véritables expériences d’une politique de gauche refusant notamment le diktat de la dette, Pierre Carles suit sa réflexion et propose aux côtés de Nina Faure un second épisode à son Opération Correa.

"Opération Correa. Épisode 2 : On revient de loin" de Pierre Carles et Nina Faure © C-P Productions "Opération Correa. Épisode 2 : On revient de loin" de Pierre Carles et Nina Faure © C-P Productions
Au sujet de l’édition DVD : Opération Correa. Épisode 2 : On revient de loin de Pierre Carles et Nina Faure

Rien de mieux pour se rendre compte de la réalité de la politique économique et sociale d’une présidence que d’aller enquêter sur place. Et pour contrebalancer la fascination de Pierre Carles pour Rafael Correa, le réalisateur coréalise avec Nina Faure ce nouvel épisode autour d’un regard critique et autocritique sur la réalité de l’exercice du pouvoir en Équateur. Nina Faure, aguerrie à travers ses précédentes réalisations à la confrontation sociale et politique d’un système aux comportements néolibéraux irresponsables, est tout d’abord décontenancée par les propositions novatrices progressistes portées par les différents ministres équatoriens, à mille lieues de toutes les politiques de gauche en France qui paraissent alors en comparaison pour des expressions idéologiquement et profondément de droite.

Le pays est divisé et les tenants de la propriété aspirant à toujours plus de capital en invoquant le sens de la famille et du patrimoine à transmettre, n’auront de cesse de présenter Rafael Correa comme un dictateur avec toute l’ignominie que cela signifie vis-à-vis de la réelle mémoire des victimes des dictatures latino-américaines.

La fascination chez Nina Faure ne l’empêche nullement de continuer à avancer dans ses investigations, interrogeant l’opposition, les manifestants de droite incluant aussi de très modestes propriétaires qui ne peuvent pas accepter la réforme fiscale conduisant les 2% les plus riches du pays à payer environ 74% d’impôts, alors que durant des décennies ceux-ci en ont toujours été dédouanés. Nina Faure découvre aussi le catholicisme de Rafael Correa qui l’empêche de rendre légal l’avortement et la poursuite de l’extraction minière soutenue par son gouvernement malgré ses intentions déclarées de condamner l’idéologie de la croissance infinie. Bien évidemment, comme l’annonce le titre du film, le pays, avec l’arrivée à la présidence de Correa, revient de loin en terme de politique sociale, ce qui permet de contrebalancer les attentes politiques d’idéalistes européens. Le film permet par une réflexion nourrie de démontrer qu’il est toujours périlleux d’attendre un homme providentiel, quel que soit son orientation politique. La présidence de Rafael Correa a notamment souffert de la centralisation du pouvoir où les réalités en marge du pays ont été exclues du programme global du « bien vivir ».

Nina Faure et Pierre Carles dans ce film offrent à penser la réflexion politique en action, en exerçant leur propre autocritique témoignant de l’évolution de leurs sensibilités et parti pris au fil du tournage avec une rigueur et une honnêteté intellectuelle extrêmement rares, hélas, dans le cinéma quand il s’agit de parler politique. Leur film permet ainsi d’ouvrir la voie à de nouvelles perspectives pour appréhender le monde d’aujourd’hui confronté à une épidémie sans précédent où les politiques sociales sont au cœur de l’urgence de reprendre la mesure de l’exercice politique au service des citoyens.

 

 

ordl-jaquette-web-2-729x1024
Opération Correa. Épisode 2 : On revient de loin
de Pierre Carles et Nina Faure

France – 2016.
Durée : 101 min
Sortie en salles (France) : 26 octobre 2016
Sortie France du DVD : 23 octobre 2017
Format : 1,78 – Couleur
Langue : français, espagnol - Sous-titres : français, espagnol.
Éditeur : C-P Productions


Bonus :
un livret de 12 pages

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.