L'accouchement de soi : une comédie douce-amère

Javier Belmonte est un peintre qui vit seul, séparé de sa fille et de la mère de celle-ci. L'arrivée prochaine d'un petit frère pour sa fille bouscule encore la donne, aussi bien pour elle que pour son père.

"Belmonte" de Federico Veiroj © DR "Belmonte" de Federico Veiroj © DR

47e Festival La Rochelle Cinéma 2019 : Belmonte de Federico Veiroj

Belmonte est le quatrième long métrage de Federico Veiroj alors que son cinquième Así habló el cambista est déjà en postproduction. Le film a fait le tour des festivals internationaux après avoir débuté à San Sebastián et Toronto. Le festival cinéphile de La Rochelle ne pouvait pas laisser cette perle ouvertement nourrie de cinéma international, aussi ce film faisait partie de sa programmation lors de sa 47e édition de 2019. Même si son cinéma aux allures douce-amère évoque à la fois Aki Kaurasmäki et Woody Allen, ses récits déroulent au cœur de la réalité uruguayenne comme avait réussi à en témoigner avec une subtilité dans la mise en scène Whisky des réalisateurs Juan Pablo Rebella et Pablo Stoll.
Comme les personnages de Woody Allen dans ses propres films, le personnage éponyme Belmonte est un anti-héros à part entière, complètement perdu dans ses choix et non-choix, loin d'avoir accepté de faire le deuil de son amour avec la mère de sa fille. Sa position même d'artiste peintre est dans un état d'expectative profond, ne sachant nullement quel nouvel élan offrir à la réalisation de sa vie.
Comme souvent dans ses films, c'était le cas dans La Vida útil (2010) et Dieu, ma mère et moi (El Apóstata, 2015), Federico Veiroj invite des proches connaissances à jour leur propre rôle. Ainsi, le personnage éponyme est interprété par Gonzalo Delgado, habituellement directeur artistique pour le cinéma et artiste peintre. Le talent de Federico Veiroj est de réussir à broder toute une fiction autour de ce personnage réel qui se prête si facilement aux choix de mise en scène. L'enjeu devient alors la réalisation d'une peinture psychologique dudit personnage éponyme avec toute sa complexité sans l'enfermer dans une case particulière. Cette chronique initiatique prend sa force dans la relation père-fille ou comment les quelques liens qui restent entre eux dans une nouvelle configuration familiale en évolution, se révèlent être de grandes opportunités pour qu'ils puissent oser affirmer une nouvelle force d'eux-mêmes moins dépendante de la mère et de l'ancienne compagne de vie qui nourrit d'autres affections. L'évolution est plutôt douloureuse, comme un accouchement pour faire sortir leur nouvel être au monde mais s'inscrit pleinement dans l'affirmation de leur propre cheminement individuel. Tel est le cheminement existentialiste que Federico Veiroj aime à faire vivre à ses personnages.

 

 

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Belmonte
de Federico Veiroj
Fiction
74 minutes. Uruguay, Mexique, Espagne, 2018.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Gonzalo Delgado (Javier Belmonte), Olivia Molinaro Eijo (Celeste Belmonte), Jeannette Sauksteliskis (Jeanne), Tomás Wahrmann (le père de Belmonte), María Noel Gutiérrez (la mère de Belmonte), Marcelo Fernández Borsari (Marcelo Belmonte), Alejandro Castiglioni (Antonio), Enrique Aguerre (Aguerre), Giselle Motta (Mónica), Cecilia Caballero Jeske (Mrs. Conde), Rodolfo Vidal (Rodolfo), Carolina Penadés (la professeur d'école)
Scénario : Federico Veiroj
Images : Arauco Hernández Holz, Analia Pollio
Montage : Fernando Franco, Manuel Rilla
Production : Cinekdoque, Nadador Cine, Corazón Film, Ferdydurke Films Source Meikincine Entertainment
Producteurs : Charles Barthe, Fernando Franco, Juan José López Federico Veiroj
Producteurs exécutifs : Pedro Barcia, Carla Farell, Sandro Halphen, Elisa Salinas, Eckehardt Von Damm

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