Festival de Biarritz 2020 : "La Verónica" de Leonardo Medel

Verónica, modèle et épouse d’un célèbre footballeur chilien, passe sa vie sur Instagram. Elle est prête à tout pour récolter 2 millions de likes afin de devenir l’égérie d’une marque de rouge à lèvre.

"La Verónica" de Leonardo Medel © DR "La Verónica" de Leonardo Medel © DR
Film en compétition long métrage de la 29e édition du Festival Biarritz Amérique Latine 2020 : La Verónica de Leonardo Medel

Soucieux d’interroger les moyens de communication modernes et leurs conséquences sociales et individuelles, Leonardo Medel qui avait déjà au préalable travaillé sur une installation de réalité virtuelle intitulé Constitución (2016) relève avec La Verónica son premier long métrage, le défi de faire un film en plans fixes en suivant les codes esthétiques publicitaires et les mises en scènes propres à Instagram. Chaque séquence est un plan-séquence au centre duquel se trouve systématiquement le personnage central éponyme interprété de manière époustouflante par Mariana Di Girólamo, la révélation d’Ema de Pablo Larraín. Il fallait une actrice à la palette d’émotions très large pour porter ce personnage complexe, faussement léger, véritable monstre d’inhumanité, dans la tradition des figures proposées par la comédie italienne. D’ailleurs, le film reprend implicitement par son parti pris de mise en scène le principe du film à sketch cher à la comédie italienne notamment avec Les Monstres de Dino Risi, sauf qu’ici chaque plan-séquence suit une continuité narrative chronologique avec le même personnage. Et c’est bien aussi l’heureuse conséquence de l’ère post #MeToo que les personnages féminins se réapproprient des rôles réservés jusqu’ici aux hommes, quand bien même ceux-ci sont politiquement et humainement incorrects.
Le dispositif pourrait paraître austère, souffrant d’un montage quelque peu ardu pour enchaîner une séquence forte à une autre, mais la force du film repose sur la liberté d’interprétation de Mariana Di Girólamo, qui joue divers registres entre manipulatrice, victime, icône nationale, mère infanticide, etc. Par le prisme de ce huis clos instagramique, c’est bien le fonctionnement des valeurs du système social ultra libéral chilien qui est décortiqué sans le moindre scrupule autour de ce personnage central qui représente plus qu’elle-même, Verónica dont l’étymologie grecque signifie la « vraie victoire ». Ainsi, le visage de la réussite implicite développée sur les réseaux sociaux qui prônent la modernité univoque des nouvelles formes de sociabilisation fait non seulement froid dans le dos mais continue à interroger longuement un monde condamné à la 5G galopante.

 

 

La Verónica
de Leonardo Medel
Fiction
100 minutes. Chili, 2020.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Mariana Di Girólamo (Verónica), Patricia Rivadeneira, Ariel Mateluna (Javier),
Scénario : Leonardo Medel
Images : Pedro García
Montage : Daniel Ferreira
Musique : Carlos Cabezas & Sol Aravena
Son : Daniel Ferreira
Production : Merced
Producteur : Juan Pablo Fernández
Vendeur international : Films Boutique

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