Entretien avec Marinella Banfi, présidente de l'association Méditalents

Du 5 au 7 avril 2019 s'est tenu à Marseille la première édition de l'atelier de coproduction en Méditerranée organisée par l'association Méditalents. Des 10 projets de films présentés, deux ont été primés : "Commedia" de Myriam El Hajj produit par Abbout Production ainsi que "North West Sunset Border" de Luisa Porrino produit par Fargo Entertainment.

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Cédric Lépine : Que pouvez-vous dire de cet atelier organisé par Méditalents ?
Marinella Banfi :
Méditalents fait un appel à projets des deux côtés de la Méditerranée. Cette année étaient ainsi représentés la Turquie, la Grèce, l'Algérie, le Liban, La France, l'Italie, le Maroc et l'Égypte. Les ateliers proposés sont itinérants : hormis Marseille, Ouarzazate, Tanger, Alger, Beyrouth, le Caire et nous sommes actuellement en train de travailler pour aller en Grèce. Nous avons compris au sein de Méditalents qu'il existe un imaginaire méditerranéen différent que celui d'un Berlinois ou d'un Parisien.
Méditalents a débuté en 2013 avec Didier Boujard qui avait travaillé à Émergence et qui s'était rendu compte qu'il existait un grand vide concernant la Méditerranée. Les cinéastes méditerranéens étaient à cet égard orphelins. Dans une suite et une complémentarité qui nous ont paru logiques, nous organisons ces premières rencontres de coproduction. Dans nos ateliers d’écriture, comme l'on s'adresse aux premiers et seconds films, les réalisateurs ont besoin à leurs côtés d'un expert. C'est-à-dire quelqu'un qui guide, sans écrire ni faire le film à la place du réalisateur. Nous accompagnons ainsi les projets.

C. L. : Quels sont les intervenants des résidences d'écriture ?
M. B. :
Ils se font avec des scénaristes. Une fois que les scénarios deviennent « appétissants », nous proposons de les présenter à des producteurs. Les projets présentés sont à l'état de traitement ou de scénario ; c'est rarissime que le scénario soit finalisé lorsqu'il est présenté dans les rencontres de coproduction, des réécritures pouvant s’avérer nécessaires pour le montage des coproductions.

C. L. : Lorsque vous intervenez dans une ville méditerranéenne, faites-vous appel aux professionnels locaux ?
M. B. :
Oui, au Maroc où nous avons été le plus souvent accueillis, ou lorsque nous étions à Alger, nous avons fait appel à un scénariste et à un réalisateur du pays, de même lorsque nous étions à Beyrouth. Nous tenons compte de l'identité culturelle du lieu dans lequel on est.

C. L. : Comment ces ateliers d'écriture se déroulent ?
M. B. :
Il y a d'abord un choix de projets suivi d'un premier atelier qui a eu lieu cette année au mois de mars , un deuxième qui aura lieu fin juin en un lieu en cours de discussion et il y en aura un troisième à Marseille en novembre. Ce sont huit ou dix projets en fonction des années, deux ou trois intervenants. Entre une session d'écriture et une autre, ils ont rendez-vous avec un scénariste qui suit l'avancement des travaux.

C. L. : Quelle forme prend le soutien des pays d'accueil ?
M. B. :
Cela dépend de chaque pays. Nous pouvons ainsi être hébergés et nourris. Parfois, comme au Maroc ou en l'Algérie, le transport en avion est pris en charge par l'Institut français du Maroc ou d’Algérie. Nous faisons ainsi souvent appel à l'Institut français.

C. L. : Comment avez-vous pensé ce premier atelier de la coproduction en Méditerranée à Marseille ?
M. B. :
Cet atelier de coproduction a été proposé et initié par Didier Boujard qui l’a proposé à la Région Sud et à l’Institut Français qui ont tout de suite dit « oui », rapidement suivis par la Ville de Marseille et le CNC. Avant d'être présidente de l'association Méditalents, j'étais productrice. Et c'est avec cette expérience que j'ai apporté mon regard sur ce rendez-vous. Lors de ce premier rendez-vous à Marseille, on trouve d'ailleurs deux projets issus d'ateliers d'écriture de Méditalents : Mariam de Mavie Maher et Commedia de Myriam El Hajj.

C. L. : Le manque d'accompagnement dans l'écriture de scénarios des projets méditerranéens est-il semblable à la production ?
M. B. :
On ne peut pas généraliser : chaque pays est différent, aussi bien au Nord qu’au Sud de la Méditerranée. Des pays du Sud ont une grosse industrie cinématographique (Égypte, Turquie), d’autres selon les années et la politique mise en œuvre produisent jusqu’à une vingtaine de films par an (Maroc), ou travaillent très intelligemment à l’international (Liban). Mais le problème auquel ils sont confrontés est la diffusion à l’international. Et c’est là, tant au niveau de l’écriture qu’au niveau de la coproduction que nous pouvons sans doute apporter notre modeste pierre.

C. L. : Comment les projets ont-ils été choisis ?
M. B. :
Nous avons lancé un appel à projets à travers les instituts français doublé d'un appel au sein des associations de producteurs indépendants. Nous avons fait notre choix parmi 70 à 80 projets pour en mettre en valeur 10. Les membres du comité de sélection sont tombés d'accord avec une grande évidence sur ces choix.

C. L. : Avez-vous pensé à inclure des distributeurs dans ces rencontres ?
M. B. :
Bien sûr, mais pas tout de suite. Je veux voir d'abord sur trois ans les résultats de ces ateliers de coproduction pour pourvoir les évaluer. Ainsi, dès l'année prochaine, nous pensons contacter les vendeurs internationaux.

 

C. L. : Quelles étaient vos attentes sur ce premier atelier ?
M. B. :
Aucune. Nous savions que nous avions de beaux projets et à partir de là, la manifestation se portait d'elle-même. Avec le cinéma, le grand secret c'est qu'un bon projet facilitera la rencontre avec un producteur. L'essentiel ici c'est la mise en valeur des talents et je suis toujours sidérée de voir les fausses polémiques à l'égard des plates-formes comme Netflix. On ne devrait jamais oublier qu'au centre du cinéma doit se trouver l'encouragement des talents. Ainsi, le film Divines (2016) de Houda Benyamina a pu être vu dans le monde entier grâce à Netflix autrement aucun vendeur international ne s'y serait intéressé. Il faut sortir de la conception du cinéma d'auteur devenu un ghetto. C'est du moins mon point de vue. Quel intérêt de sortir un film en tout et pour tout trois semaines dans une seule salle ? Il faut donc penser les choses différemment et s'ouvrir aux autres. Mais Didier Boujard n’a pas le même point de vue que moi et se pose la question de la liberté de création lorsqu’un film est produit par Netflix et ne peut sortir en salles. Pour lui, le modèle français a permis au cinéma français de continuer à créer et de garder une part de marché conséquente, modèle qu’il ne faudrait pas lâcher pour les appâts lancés par les plates-formes…

C. L. : En quoi consiste la dotation du projet primé ici ?
M. B. :
Ces 20 000 euros sont une aide de la Région Sud au développement de la coproduction du film.

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