Le Caire en janvier 2011 sous le prisme du polar urbain

En janvier 2011 au Caire, une chanteuse est retrouvée assassinée dans un hôtel de luxe. L’inspecteur Noureddine, plongé dans un univers global de corruption, mène son enquête où les hautes autorités de l’État égyptien sont étroitement impliquées.

 

"Le Caire Confidentiel" de Tarik Saleh © Memento Films "Le Caire Confidentiel" de Tarik Saleh © Memento Films

Sortie Blu-ray : Le Caire Confidentiel de Tarik Saleh

Le polar a souvent servi dans l’histoire du cinéma à décrire les conditions les plus délétères, qu’il s’agisse du drame intime de couples adultérins comme du système gangrené de tout un pan d’une organisation sociale, comme l’ont illustrés en leur temps parfaitement et chacun à leur manière Chinatown de Roman Polanski et Assurance sur la mort de Billy Wilder. Tarik Saleh prouve avec Le Caire Confidentiel qu’il maîtrise parfaitement les codes du genre au service de la recontextualisation historique du Printemps arabe égyptien. Ainsi, la corruption généralisée des représentants de l’État égyptien en 2011 semble être la base même de l’explosion sociale qui pousse toute une population à sortir dans la rue et à risquer sa vie pour réclamer justice à travers une nouvelle organisation de la société. Ainsi, les manifestations égyptiennes dans le film s’expriment d’abord contre le symbole d’une autorité policière corrompue, violente et destructrice à l’égard des citoyens égyptiens. Pour comprendre ce dénouement des années de régime Moubarak, le réalisateur propose une exploration à travers les yeux désabusés de son personnage principal de la corruption généralisée du milieu policier, où chaque affaire est une opportunité de toucher son propre bénéfice, la part du sang de l’égorgement de la démocratie.
Le scénario est inspiré d’un fait divers, celui du meurtre de la chanteuse libanaise Suzanne Tamim en 2008 impliquant les hautes sphères du pouvoir égyptien. Ainsi, chaque élément prend une forte raisonance politique. Tarik Saleh réussit sur tous les points à marier un pur polar avec la dénonciation d’un système politique, toujours brûlant puisque le tournage du film a été interdit au Caire et qu’il a fallu en urgence faire de Casablanca l’image fictionnée de la capitale égyptienne. Le polar est si bien réussi que le contexte historique égyptien n’est pas nécessaire pour entrer dans le film très bien servi en cela par les acteurs qui offrent une interprétation en parfaite adéquation avec les codes du genre. Le cinéma de Tarik Saleh démontre que la fiction permet d’offrir des clés de compréhension qui complète le documentaire comme Clash de Mohammed Diab en attestait. Les deux films permettaient, dans des genres distincts, mais usant avec maestria des codes de la fiction cinématographique, montraient une société égyptienne au bord de l’implosion. Dans l’effervescence des mouvements sociaux en Égypte, les cinéastes montrent ainsi leur propre engagement, quelle que soit leur position pour appréhender les événements, comme la Suède où Tarik Saleh vit et a réalisé la plupart de ses travaux en tant que réalisateur.

 

 

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Le Caire Confidentiel
The Nile Hilton Incident
de Tarik Saleh
Avec : Fares Fares (Noureddine Mostafa), Yasser Ali Maher (le général Kammal Mostafa, oncle de Noureddine), Ahmed Selim (Hatem Shafiq, le député et entrepreneur), Hania Amar (Gina, la chanteuse), Mari Malek (Salwa, la femme de chambre), Mohamed Yousry (Momo, l'équipier de Noureddine), Slimane Dazi (le tueur aux yeux verts), Ger Duany (Clinton), Hichem Yacoubi (Nagui « le Tunisien »), Tareq Abdalla (Amir), Ahmed Khairy (le chauffeur de taxi), Nael Ali (Major Yosef), Ahmed Abdelhamid Hefny (Saleh), Emad Ghoniem (le capitaine Khalil)
France, Allemagne, Suède, Danemark – 2017.
Durée : 111 min
Sortie en salles (France) : 5 juillet 2017
Sortie France du DVD : 9 novembre 2017
Format : 2,35 – Couleur
Version originale arabe et version française - Sous-titres : français.
Éditeur : Memento Films

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