Chemins de fer

Le train entre en gare et Elias officie. On lui jette des bagages, il accueille des voyageurs, charrie les valises que lui tendent les dames, dépose une malle sur le quai et reprend le cours de son attente. Il ne se passe pas grand-chose dans la gare d’Elias, mis à part cette malle mystérieuse qu’il a portée jusqu’à son bureau et le fait qu’il vient de recevoir une carte postale envoyée par son oncle… décédé il y a deux mois. 

Le train entre en gare et Elias officie. On lui jette des bagages, il accueille des voyageurs, charrie les valises que lui tendent les dames, dépose une malle sur le quai et reprend le cours de son attente. Il ne se passe pas grand-chose dans la gare d’Elias, mis à part cette malle mystérieuse qu’il a portée jusqu’à son bureau et le fait qu’il vient de recevoir une carte postale envoyée par son oncle… décédé il y a deux mois.

 

Chemins de fer © EP Chemins de fer © EP

On fait comme on a dit !

 

Chemins de fer de Cyrille Pomès est une ode western à découvrir aux éditions Emmanuel Proust. Une œuvre en noir et en blancs, en ellipses, un voyage autour d’une malle, où tous les chemins mènent chacun des personnages vers sa destinée. Le hasard a voulu que cette malle, objet de convoitise, objet de valeur, objet de malheur, tombe entre les mains d’Elias. Et à partir de cet instant précis, tout s’enchaîne.

 

Marion, ancienne fille de joie devenue épouse de baron mafieux va rencontrer le jeune chef de gare malgré lui. Antoine, porte-flingue, homme de main frustré, va découvrir le sens de la vie. Les coyotes sauvages, la bande de vieux hors-la-loi la plus poissarde et la plus maladroite que l’ouest ait connue va trouver une seconde jeunesse – bien réelle grâce à des orphelins improbables et va-t-en-guerre –, Lucius et Thomas, deux barbouzes lettrés et près de leurs mots iront jusqu’au bout de leur vanité linguistique.

 

La galerie de personnages est croquignolesque. L’ouest d’antan et l’est moderne, deux siècles qui se rencontrent. A la croisée des chemins (de fer), c’est le passé contre le futur, la jeunesse délinquante contre la vieillesse déliquescente. Les coyotes sauvages décident un baroud d’honneur pour ne pas s’en laisser compter, la mafia engage tueur sur tueur pour retrouver la malle perdue, le baron ira jusqu’au bout de son avidité, et Elias rencontre son destin. Qu’il croyait définitivement resté à quai.

Chemins de fer Chemins de fer

Le dessin de Cyrille Pomès, avec sobriété et acuité, oscille entre rondeur comique et perspectives rectilignes, selon les scènes, selon les personnages. Le graphisme choisit souvent les angles les plus torves, et alterne le champ, le contre-champ, la profondeur et le plan serré à l’extrême. Tout en noir et blanc, avec juste ce qu’il faut de noirceur, la lumière est suggérée, les ombres appuyées.

Chemins de fer Chemins de fer

Côté influences, on ira chercher du côté des Monty Pythons pour l’absurde, le décalage et le non-sens ; ou du côté des frères Cohen (Arizona Junior, O’Brother…), avec cette course effrénée vers pas grand-chose, les personnages secondaires savoureux, et le sujet universel : la quête du bonheur et la destinée.

Chemins de fer Chemins de fer

Chemins de Fer est une réussite graphique et scénaristique, un album d’auteur à découvrir, un album romantique, sensible, sensuel même, imaginatif et drôle.

 

DB

Chemins de fer © EP Chemins de fer © EP

Chemins de Fer, Cyrille Pomès, Emmanuel Proust éditions, collection atmosphères, 19 € 90.

 

Images © Emmanuel Proust

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.