Billet de blog 6 déc. 2008

Osée, osée Joséphine

L’inspiration de Pénélope Bagieu ? la vie quotidienne d’une trentenaire, ses aléas, ses tracas, à travers son double, Pénélope Jolicoeur – à retrouver dans un blog ou un album, Ma vie est tout à fait fascinante – ou son « anti-moi », comme elle le dit elle-même, Joséphine, son dernier album, paru il y a quelques semaines.

Christine Marcandier
Littérature
Journaliste à Mediapart

L’inspiration de Pénélope Bagieu ? la vie quotidienne d’une trentenaire, ses aléas, ses tracas, à travers son double, Pénélope Jolicoeur – à retrouver dans un blog ou un album, Ma vie est tout à fait fascinante – ou son « anti-moi », comme elle le dit elle-même, Joséphine, son dernier album, paru il y a quelques semaines.

Des filles un peu pestes, un peu pouf, nostalgiques de leurs grandes mythologies adolescentes (Grease, la Belle au bois dormant, aussi, sans doute), folles de fringues et de chaussures. Des cœurs de midinettes, mâtinés de cynisme tendre. Pénélope Jolicoeur est brune. Joséphine, elle, est blonde, porte des lunettes, a une vraie culotte de cheval qui la complexe sur la plage, mais finalement pas plus que sa blancheur de Parisienne, et qui la trahit quand elle joue à cache-cache avec sa nièce :

L’album suit quelques semaines de la vie de Joséphine : son retour de vacances, ses efforts de fleur bleue pour trouver l’homme de sa vie (de speed dating en bars), sa rencontre avec Olivier, leur week-end romantique et l’inévitable rupture, parce qu'elle lui demande trop tôt, bien trop tôt, s'il l'aime.

Chacun retrouvera dans cet album ses manies ou celles de sa copine, voisine, femme… Vous, moi, elles : Joséphine est bobo, râleuse, gaffeuse, jalouse, exclusive. Elle déteste les retours de vacances parce qu’elle n’a aucune marque de bronzage – aucun bronzage devrait-on dire -, que sa plante est devenue neurasthénique, qu’aucun message ne l’attend sur son répondeur. Elle a des soucis de filles : plein de fringues qu’elle voudrait trier avant de se dire que le plus simple serait d’acheter de nouvelles penderies. Elle fait semblant d’être indignée quand les hommes la sifflent dans la rue. Quand elle rencontre Olivier, elle doit soudain réapprendre à cuisiner, à s’effeuiller de manière sexy, à reprendre la pilule. Elle voudrait paraître indépendante, tendre mais détachée, et craque parce qu’Olivier a oublié un symbole, de taille :

Joséphine aime les week-ends en amoureux mais pleure en rentrant parce qu’elle se trouve moche en photo…

Joséphine, la reine des pommes, du faux pas, du « la vie ne m’apprend rien », dans son quotidien, son job, avec ses amies, sa famille, son chat, et son prince un jour viendra. Trente ans et ses poussières.

Joséphine est un album drôle, tendre et acidulé. Pénélope Bagieu croque avec un sens aigu de la vérité au second degré la vie « tout à fait fascinante » des filles. La mienne, la vôtre. On pourrait faire la fine bouche et lui reprocher une parenté un peu trop flagrante avec notre autre clone, Bridget (Jones). Mais reste le dessin : coloré, entre caricature et acuité du regard, simple comme une évidence. Et on se dit que cet air de déjà vu, c'est parce que Pénélope Bagieu est proche de nous, familière, elle nous voit à travers, dans nos travers.

Un album léger, drôle, mis en abyme dans une page délicieuse, Pénélope consulte :

CM

Pénélope Bagieu, Joséphine, Editions Jean-Claude Gawsewitch, 2008, 15 €

Prolonger : http://www.penelopebagieu.fr/

Parution, le 11 mars 2009, de Ma vie est tout à fait fascinante au Livre de Poche.

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