Agrippine déconfite

Nom : Bretécher. Prénom : Claire. Signe particulier : possède ce talent unique de croquer ses contemporains avec une acuité et un humour féroces.

Nom : Bretécher. Prénom : Claire. Signe particulier : possède ce talent unique de croquer ses contemporains avec une acuité et un humour féroces.

Depuis les Gnangnan, Cellulite et Les Frustrés, Claire Bretécher poursuit sa quête inlassable d’observatrice au trait acéré des travers hilarants sous sa plume de notre société dite de consommation.

 

17484752aggripine-deconfite0003-jpg.jpg

 

Agrippine est une de ces ados parfaitement insupportables, aux affres ridicules et vraies, aux envies versatiles et à la futilité nécessaire. Difficile d’évoluer dans un monde que l’on ne comprend pas et qui vous comprend encore moins. Agrippine, c’est tout cela. Depuis plus de vingt ans. C’est dire que rien ne change vraiment. Parce qu’elle ne change pas Agrippine. Elle veut toujours ce qu’elle ne peut avoir : la paix, un peu d’attention, des boots en tatou stressé, un frangin normal, des parents un peu moins barges… une grand-mère un peu moins trash… Parce qu’il faut bien l’admettre, la vieille, elle « envoie du pâté ».

 

13397184aggripine-deconfite0004-jpg.jpg

 

La cuvée 2009 d’Agrippine se boit sans retenue jusqu’à l’hallali. Alors que sa grand-mère s’offre la paire de boots qui coûte la peau qui revenait de droit à l’adolescente, les parents divorcent, le petit frère entame sa crise d’identité sexuelle avant l’âge et l’heure, la bonne se voit déjà pointer au chômage (che qui cherait dommage à chon âge), l’oncle intermittent n’en finit pas d’intermitter, quant à l’arrière-grande-darone… elle tague !

 

60654733aggripine-deconfite0002-jpg.jpg

 

Claire Bretécher s’amuse. Et nous avec : des dialogues au cordeau dans une veine résolument moderne, mâtinée de verdeur à la Audiard, avec des néologismes imagés ; une emprise sur l’époque actuelle qui brocarde gentiment le parisiannisme énervant ; la téléréalité en prend pour son matricule, d’une manière salutaire, au énième degré ; et la vie qui s’écoule, durement mais sûrement. Agrippine déconfite possède les qualités rares d’une bédé universelle qui n’a pas pris une ride malgré sa longévité. Plus encore, Claire Bretécher sait osciller entre l’absurde et la caricature à peine forcée, croise le tragique avec le comique, marie préoccupations dérisoires et vraies questions. Et quand pour la première fois la mort s’en mêle… Ça devient jubilatoire. Son graphisme unique fonctionne à plein régime, dans les postures des personnages, les regards, l’album fourmille de détails savoureux et de trouvailles qui, sans verser dans la nostalgie, ne sont pas exempts d’une certaine mélancolie.

En 2009, Agrippine est déconfite, tout va à vau-l’eau et à Vélib’. Y a pas à dire, ça envoie…

 

 

DB

 

mini2-421943182505000556-jpg.jpg

 

Agrippine déconfite, de Claire Bretécher, Dargaud, 13 € 50, sortie le 20 mars 2009

 

76709101deconfite-1-jpg.jpg

 

92299296deconfite-2-jpg.jpg

 

© 2009 Claire Brétecher – Dargaud

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.