Burns, Moulinsart Burns

Dans Le Trésor de Rackham le rouge,Tintin reprend ses esprits dans la cave du château de Moulinsart. A l'aide d'une poutre et d'un drap, il fabrique un bélier, perce le mur de briques et se retrouve dans le bric-à-brac amassé par les frères Loiseau. C'est (à peu près) là que commence ToXic, le nouvel album de Charles Burns.

Dans Le Trésor de Rackham le rouge,Tintin reprend ses esprits dans la cave du château de Moulinsart. A l'aide d'une poutre et d'un drap, il fabrique un bélier, perce le mur de briques et se retrouve dans le bric-à-brac amassé par les frères Loiseau. C'est (à peu près) là que commence ToXic, le nouvel album de Charles Burns.

 

Doug, houpette tintinoïde, est réveillé par son Milou (Snowy en anglais), le chat noir Inky pourtant mort. Il délire sous l'effet des cachets et découvre dans l'usine voisine une réserve d'œufs rouge et blanc en tous points semblables aux champignons explosifs de L'Etoile mystérieuse (The Shooting Star en anglais), avant d'être expulsé par un mugwump dans l'Interzone du Festin nu de William Burroughs.


Flashback. Une soirée punk-arty pour laquelle Doug a préparé un cut-upà la Burroughs justement. Par un trou dans le mur, il découvre dans l'usine abandonnée, un autel avec cierge et fœtus de porc devant l'autoportrait de Sarah, adepte des Polaroïds bondage.


Burns brouille les repères en superposant au gré d'allers-retours permanents Hergé et Burroughs, avec deux dessins différents: la ligne claire «vive et colorée» franco-belge et les noirs profonds de Black Hole.

Il avance par collages, par réorganisations apparemment aléatoires, par réminiscences. Tintin donc («Avant même de savoir lire, je contemplais ces albums, je les absorbais», raconte Burns), les cut-ups de Burroughs (qu'il lisait à l'époque à laquelle se déroule ToXic), des souvenirs («Je voulais faire une bande dessinée qui se déroulait pendant la période punk originelle que j'ai vécu dans la baie de San Francisco à la fin des années 1970»), des travaux personnels (la photographie du cœur en viande hachée se retrouve dans One Eye, le «journal photographique» de Charles Burns) et des albums précédents (Doug a la tête et parfois les bulles de Rob dans Black Hole).
Jamais très loin de l'autofiction, Charles Burns explore d'album en album, d'une série à l'autre, l'Amérique adolescente des années 1970 en filant la métaphore de la maladie qui se propage de l'un à l'autre et ronge les corps, de l'infection et du parasite, du vertige, du traumatisme et de son pendant médical, la contention médicamenteuse.



Le titre même de la série (ToXic - X'ed outen VO, c'est-à-dire «biffé») fait référence à la croix tracée par Rob sur un calendrier pour tenter de se désacoutumer de la camisole chimique, «à la manière des prisonnier qui comptent les jours qui les séparent de leur libération, précise Burns. Mais c'est aussi une référence à l'ensemble de la culture punk dans laquelle vous vous “biffez” de la société mainstream».

Tout comme Le Trésor de Rackham le rouge prolonge Le Secret de la licorne, ToXic doit se poursuivre dans un second tome (La Ruche). Les mugwumps emmènent leur nouvelle reine vers l'espèce d'énorme termitière où elle doit procréer. Et Burns a déjà annoncé qu'il devrait s'inspirer alors des bandes dessinées sentimentales américaines (romance comics)...

 

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ToXic de Charles Burns

Edition Cornélius, collection «Solange»

56 pages, 21 euros.

 

 

 

 

Les citations de Charles Burns proviennent d'une interview donnée par Charles Burns à Comic Book Resources et la plupart des renseignements d'Emilie Le Hin, qui a traduit ToXic en français.

Le titre de l'article fait allusion à une chanson de Public Enemy, Burn Hollywood burn

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