2010 : une année de BD (1/2)

Une année de BD, c’est une année au cours de laquelle il faut faire des choix et assumer sa subjectivité. Mais c’est aussi une année de rencontres, de surprises et de plaisirs de lectures à partager. 2010 n’a pas échappé à la règle au cours d’une année riche en découvertes, malgré un contexte économique incertain, sur un secteur en perpétuelle mutation, avec l’apparition de nouveaux moyens de diffusion et le développement des supports numériques.

Une année de BD, c’est une année au cours de laquelle il faut faire des choix et assumer sa subjectivité. Mais c’est aussi une année de rencontres, de surprises et de plaisirs de lectures à partager. 2010 n’a pas échappé à la règle au cours d’une année riche en découvertes, malgré un contexte économique incertain, sur un secteur en perpétuelle mutation, avec l’apparition de nouveaux moyens de diffusion et le développement des supports numériques.

Selon le tout récent rapport annuel de l’ACBD (Association des Critiques et Journalistes de Bande Dessinée) rédigé par son secrétaire général Gilles Ratier, en 2010, « le marché se tasse, la production s’accroît… ». Même si la bande dessinée ne représente que 7,91% du marché des livres édités en Europe francophone, d’autres domaines étant bien plus productifs (comme les sciences sociales, la littérature romanesque ou le livre jeunesse avec respectivement 14,1%, 13,7% et 13,1% de part de marché(1)), la production semble exponentielle : en dix ans le nombre de publications a été multiplié par trois pour atteindre 5165 albums en 2010.

Sur ce total, on dénombre 3811 strictes nouveautés (dont 40% de mangas, 8% de comics et 10% de romans graphiques contre 42% d’albums franco-belges), ce qui montre la belle santé de la profession puisque ce sont près de trois cents nouveaux albums qui ont été publiés en 2010, soit une augmentation de 6%.

Cette année encore, 60% de la production est assurée par 9 éditeurs seulement. Sur les 299 qui ont publié des bandes dessinées en 2010. De plus, sur les 5165 parutions de l’année, 43% sont issues des catalogues des cinq majors que sont Media Participations (Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Kana, Lucky Comics, Blake et Mortimer Editions…), Glénat, Flammarion (Casterman, Fluide Glacial…), Soleil et Delcourt.

Comme le souligne Gilles Ratier dans son rapport, quantité ne rime pas forcément avec rentabilité et ventes assurées. Qui plus est dans un contexte économique incertain, sur un marché du livre « stagnant », la BD « n’a plus été, en 2010, l’une de ses locomotives, comme elle a pu l’être par le passé ». L’année 2010 a même été pour certains éditeurs une année de prudence, avec une réduction significative du nombre des parutions. Si le marché semble toujours dominé par les valeurs sûres franco-belges qui bénéficient de tirages importants et d’un important soutien marketing, il n’en demeure pas moins que les chiffres sont inférieurs à ceux des années précédentes, y compris pour les blockbusters que sont Joe Bar Team (500.000 ex.), Largo Winch et Lucky Luke (470.000 ex.), Blake et Mortimer (450.000 ex.), Le Chat (300.000 ex.), Le Petit Spirou (290.000 ex.), Thorgal (250.000 ex.), Lanfeust Odyssey (250.000 ex.), Blacksad (245.000 ex.), Les Passagers du vent (220.000 ex.)…

2010, année du paradoxe ?

La bande dessinée continue son développement malgré une baisse avérée des tirages, tout en publiant davantage d'ouvrages. De nombreux nouveaux auteurs ont été publiés en 2010 et le patrimoine a même été exploré de belle manière puisque 178 œuvres qui ont connu une première publication cette année avaient plus de 20 ans ! Certains éditeurs ont fait la part belle aux rééditions, permettant de revaloriser un catalogue « vieillissant » auprès du jeune lectorat d’aujourd’hui (notamment par le biais des intégrales, on en reparle dès janvier 2011 dans Comic Strip). La bande dessinée s’est également échappée hors des sentiers traditionnels : le nombre de festivals dédiés à la BD ou de salons dans lesquels la bande dessinée occupe une place de plus en plus importante est en nette augmentation. La présence dans les médias écrits (généralistes ou spécialisés) s’est accrue et la diffusion en ligne a connu un nouvel essor avec la création de plateformes numériques telles que Ave ! Comics ou Iznéo (sur lesquelles on peut désormais lire, acheter ou louer des albums sur PC ou smartphones)… Et si l’année 2010 était une année charnière ? L’apparition des tablettes, le prix des livres, le changement radical des habitudes de consommation et de lecture avec l’utilisation grandissante des ordinateurs et d’internet (le nombre de blogs BD ou de webcomics tournerait autour de 15 000) ; tout concourt à ce que la bande dessinée s’adapte aux nouveaux vecteurs de diffusion. Tout en visant la publication papier à terme, comme cela a été le cas de La Bande pas dessinée ou de Fernand the Polar Bear (aux éditions Vraoum) par exemple cette année.

Le secteur est donc toujours extrêmement dynamique (même si le rapport pointe également que beaucoup d'auteurs ont de réelles difficultés à vivre de leur art), peut-être plus que jamais contraint et forcé de s’adapter aux nouveaux médias sur un marché du livre concurrentiel, économiquement disputé (et discuté au regard des négociations actuelles entre les auteurs et les éditeurs sur la question des droits numériques). Preuve en est, à la veille de 2011, avec l’annonce de la sortie prochaine en kiosque d’un nouveau mensuel dédié à la prépublication d’albums de bandes dessinées (L’Immanquable, le 21 janvier) et la naissance de 8Comix (à l’initiative de huit auteurs qui ont décidé de mettre gratuitement en ligne le 17 janvier leurs créations en marge de leur production traditionnelle).

Au-delà des chiffres et des constats purement quantitatifs, il faut toutefois souligner la créativité et la diversité rencontrées en 2010 (comme les années précédentes). Et reconnaître la qualité extraordinaire de nombres d’ouvrages. La bande dessinée n’a de cesse d’approcher de nouveaux genres, de revisiter le patrimoine littéraire, d’inventer et de réinventer dans la forme comme sur le fond, de croiser avec les autres arts (notamment le cinéma). Les éditeurs français nous font de plus en plus découvrir des auteurs étrangers jusque-là inconnus à l’intérieur de nos frontières (qu’ils soient Américains bien sûr, mais aussi Espagnols, Italiens, Allemands… On en reparle bientôt avec Trop n'est pas assez de Ulli Lust, éditions Ca et Là et Asterios Polyp de David Mazzucchelli chez Casterman), et le roman graphique confirme en France sa percée auprès d’un lectorat exigeant.

Dans la seconde partie de 2010 : une année de BD, je reviendrai sur douze albums parus cette année et dont j’ai parlé dans les pages de l’édition consacrée à la bande dessinée sur Mediapart et je vous donne d’ores et déjà rendez-vous l’année prochaine pour de nouvelles découvertes bédéphiles. - D.B.

Source : 2010 - Une année de bandes dessinées sur le territoire francophone européen

© Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD / Rapport complet à lire ici

(1) (source : Livres Hebdo / Electre).

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