Emotions? Quels liens entre l'intime et le publique?

Dans le déballage d’émotions qui concerne la psychiatrie depuis quelques temps :

s’est-on ému de l’exhibition sur la place publique de l’identité et du « pedigree de criminel dangereux » du malade qui a fugué de l’hôpital Edouard-Toulouse?

s’est-on ému de la tribune libre et sans retenue ouverte dans tous les médias pour le fils de la « victime »?

 

Car après tout qu’est-ce qui « autorise » l’expertise de ce fils blessé quelle que soit l’intensité de la douleur qu’ait pu être la sienne et qui mérite effectivement du respect? Quel respect, quel « service » rend-on aux victimes en les propulsant sous les feux médiatiques sans que les médias ni aucune autorité ne servent de « médiateur » de pare excitation à leurs émotions? Si les victimes estiment devoir poursuivre ou rechercher des responsabilités, rien ne les empêche de saisir la justice à cette fin. Mais offrir une tribune à ce type d’indignation dans tous les médias de France et de Navarre n’est-ce pas un peu hors de proportion et rechercher à flatter l’opinion du côté du prétendu « bon sens » populaire. Lequel prétendu bon sens autoriserait le président à asséner « qu’il est évident que les auteurs de crimes sexuels » sont des malades !

Enfin, dans cette indignation qu’est-ce qui a été amplifié par le battage présidentiel autour du crime de Grenoble et par l’hystérisation publique qui l’a accompagné?

 

Mais le plus fâcheux n’est pas là. Le fugueur d’Edouard-Toulouse EST un malade et à ce titre il mérite un traitement social adapté. Est-il alors responsable de diffuser dans le grand public son identité au mépris de toute éthique soignante et au risque d’ailleurs d’amplifier un sentiment de toute puissance chez ce patient au travers de la publicité faite à l’événement et donc d’alimenter une dangerosité contre laquelle on prétend (hypocritement?) lutter?

 

Je n’ai évidemment pas de réponses définitives à toutes ces questions bien que je pense qu’on s’égare un peu à vouloir provoquer des « ruptures » spectaculaires dans tous les domaines.

 

En revanche le traitement social d’une part et politico-médiatique d’autre part qui est aujourdhui donné à ces faits divers me paraît particulièrement malsain. Il convient de réfléchir intelligemment et donc nécessairement « à froid » à ces questions difficiles qui traitent d’événements misérablement, tragiquement et simplement humains en dehors de l’excitation offerte par la société du spectacle dans une émotion immédiate, dernier vestige d’un lien social moribond.

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