Le livre "A ciel ouvert. Entretiens. Le Courtil, l'invention au continu"

Apaisant. Le film « A ciel ouvert » a eu sur moi un effet apaisant. Voir des enfants hors normes, à l'étrangeté souvent discrète mais inquiétante par sa permanence est troublant.

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Apaisant. Le film « A ciel ouvert » a eu sur moi un effet apaisant. Voir des enfants hors normes, à l'étrangeté souvent discrète mais inquiétante par sa permanence est troublant. Voir un film où le travail subtil, si attentif, si réfléchi collectivement, au plus près des énigmes que sont ces enfants est mis en scène est un message rassurant, stimulant, apaisant. Cela tient bien sûr au travail de la cinéaste. A ce propos je citerai Christophe Kantcheff, dans Politis :

 L'engagement de cinéaste  de Mariana Otero est total .  Elle ne capte pas les images de ces enfants pour les constituer en cas, en archétypes, ou pour établir un discours, aussi progressiste soit-il .  Dans la relation établie avec eux , elle  interroge ce que signifie pour elle le cinéma, ne cesse de remettre en cause son geste de filmer. Voici une cinéaste pour qui chaque mouvement de caméra est bel et bien, et résolument, une affaire de morale .

 La réalisatrice s'est immergée au Courtil, faisant corps avec sa caméra, devenant elle-même un personnage de son documentaire, filmant ces enfants au gré de leurs activités et de leur évolution.

 Et elle a choisi des enfants dont la folie ne se voit pas , ne se voit pas beaucoup. Elle dit : toute ma démarche tient dans cette idée. L'ordinaire est extraordinaire. La démarche psychanalytique et la démarche cinématographique ont ici quelque chose à voir.

J'ai déjà parlé de ce film dans un autre billet : http://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/260114/ciel-ouvert-un-film-de-mariana-otero

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Et puis j'ai lu le livre, « A ciel ouvert, entretiens ». Sur ce live, le même critique écrit : les propos tenus, notamment par les deux fondateurs du lieu, Alexandre Stevens et Bernard Seynhaeve, sont toujours précis sans être jamais techniques ni abscons. Il y a un plaisir de l'intelligence bien transmise, qui n'est pas toujours de mise avec la psychanalyse. 

 Cette intelligence bien transmise , si bien filmée, est sûrement à l'origine de l'effet calmement joyeux que beaucoup ressentent à la vision et l'écoute de ce film. http://www.acielouvert-lefilm.com/p/programmation.html

 

Parlons maintenant de ce livre, par quelques citations en forme d'hommage et d'incitation à en savoir plus.

                                                               

Un livre de Maria Otero et Marie Brémond, de la cinéaste et d'une intervenante au Courtil, le lieu où se passe le film.

 Maria Otero a réalisé « Non lieux », « La loi du collège », « Cette télévision est la nôtre », « Histoire d'un secret », « Entre nos mains ».http://www.acielouvert-lefilm.com/p/mariana-otero.html

 Marie Brémond a un diplôme de psychologue, travaille au Courtil et en activité libérale et à l'association « La soucoupe » à Bruxelles ; elle est membre de l'Association de la Cause freudienne en Belgique.

Le courtil, c'est le nom d'un jardin ; c'est le nom de cet Institut médico-pédagogique très singulier.

 Le livre sert à préciser le fonctionnement institutionnel du Courtil, ainsi que quelques référents théoriques psychanalytiques qui y sont fondamentaux.

 

Une institution orientée par la psychanalyse/ la psychanalyse appliquée en institution.

 La psychanalyse appliquée en institution définit bien le travail du Courtil parce que l'on n' y fait pas un travail de psychothérapie ou d'éducation mais un travail orienté par la psychanalyse.

 Des réunions institutionnelles s'y tiennent, « où l'on cherche à comprendre ce que l'enfant est en train de chercher lui-même, ce qu'il amène en atelier, quel est son rapport à ce qui lui est insupportable et comment il essaie de fabriquer des solutions face à cela.. Parler de l'enfant comme d'une énigme jamais résolue et toujours intrigante, parler de ce transfert diffracté.

 Et cette institution est une institution suffisamment désorganisée, qui ne sait pas ; c'est une institution qui accepte de se laisser diviser par les sujets qui s'y adressent. Le but est d'obtenir une certaine pacification , et, plus précisément chercher ce que l'enfant va pouvoir inventer avec ce qui est le plus intime, le plus singulier. Et le désir de l'intervenant au Courtil, son désir de travail, ce doit être le savoir qu'on suppose à l'enfant , celui qui l'aidera à trouver sa solution.

 S'il y a des points communs avec les tenants des héritiers de la psychothérapie institutionnelle, il y a un rapport plus précis à la psychanalyse, à la psychanalyse de Freud et Lacan, telle qu'elle se transmet par l'Ecole de la Cause freudienne.

 

Non consentement au désir de l'Autre.

Il faut qu'il y ait un désir de l'Autre pour que le sujet puisse se loger dans le langage, il faut encore que que le sujet consente à cette opération, qu'il l'accepte. Parfois le sujet ne consent pas au discours de l'Autre à son égard, à cette inscription de la part de l'Autre dans le symbolique. Il la voit comme une assignation insupportable, comme une aliénation profonde. Il s'agit d'une sorte de refus radical par rapport à cette inscription dans la chaine symbolique, dans le signifiant. Donc : les sujets psychotiques sont constitués par une sorte de méfiance radicale, de refus absolu quant à la parole de l'Autre, et c'est l'une des distinctions névrose/psychose.

 On pourrait dire que, dans la psychose, d'une façon générale, c'est la volonté mauvaise de l'Autre qui se manifeste, alors que le névrosé arrive à cacher cela, l'horreur qui se cache derrière le voile d l'amour.

Il s'agit alors pour l'enfant psychotique de lui permettre de ne pas rencontrer de manière trop concernée, trop accentuée, quelque chose du désir de l'Autre, qui le viserait, lui, vu qu'il est dans une position de refus radical, comme une volonté capricieuse. Eviter d'avoir  une parole un peu trop portante, un peu trop désirante par rapport à lui.

 

L' intervenante avec caméra et l' intervenante au long cours. Un regard et une parole discrète.

 Mariana Otero est devenue une intervenante à caméra au Courtil. Elle était considérée comme pouvant apporter quelque chose au travail, comme élément d'intervention possible pour les enfants. Elle intervient comme élément perturbateur dans une institution qui s'efforce d'accueillir la perturbation dans la pensée de son fonctionnement.

 Marie Brémond précise comment ce fut possible : au moment où on attendait que tu parles, par commodité, par convention sociale, et non tu ne parlais pas forcément. J'avais donc intégré ton regard, discrètement différent, accompagné de cette parole très discrète. Et : le fait que tu ne rajoutes rien quand on parle, que tu n'aies pas forcément de commentaire à faire, que tu te retiennes si fréquemment de parler, a contribué énormément à faire de cette expérience de parole, une expérience qui a eu beaucoup d'affinités avec la psychanalyse.

 C'est Mariana Otero qui conclut le livre : J'aime que dès le début du film, le spectateur éprouve dans sa chair un sentiment d'étrangeté, puis qu'il soit touché, intimement touché par une émotion. Et qu'ensuite émerge le sens qui sera pris dans l'émotion . Pari gagné.

 Lisez ce livre si ces questions ces questions vous intéressent. Et surtout voyez ce film.

 

 

Pascal Boissel

 

 

Notes

Christophe Kantcheff, Politis n°1285, du 9 au 15 janvier 2013

Article « Leçons d'enfants »; Puis « L'ordinaire est extraordinaire », interview de Mariana Otero par C Kantcheff.

 

 http://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/260114/ciel-ouvert-un-film-de-mariana-otero

 

Les extraits cités proviennent des entretiens réalisés dans ce livre ; ce sont ceux de Alexandre Stevens, Bernard Seynhaeve, Dominique Holvoet, Véronique Mariage, Véronique Cornet. Les extraits du livre proviennent des pages : 16, 29, 36, 40, 45, 50, 52, 65, 93, 103, 104, 107, 121.

 

 Autres références :

 http://www.acielouvert-lefilm.com/p/le-courtil.html

 http://www.acielouvert-lefilm.com/p/la-presse-en-parle.html

 http://www.ldh-france.org/La-LDH-soutient-le-film,5220.html

 http://www.radio-a.com/index.php?option=com_content&view=article&id=853&Itemid=881&13996e5e045b936f38f0dce4e9388e43=c0709626834f95bcd1aa13baded22bff

 http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2014/01/LQ-369.pdf

 

 

 

 

                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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