Dans la nuit sans fin entré, Francis Bérezné

 

 

 

 

 

 

« Les portraits morcelés, tachés, troués, qui composent avec le vide, le blanc, opéraient déjà un mouvement, provoquaient une tempête, un séisme aussi bien, dévidaient sans complexe la bobine du hasard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au contraire, dans tes derniers travaux, tu affectes une manière anecdotique et sage, mais beaucoup trop pour être honnête. Cette fois-ci, tu mets en scène le face-à-face du peintre avec lui-même, de toi avec toi-même, dans l’intimité d’un bol de café.

 

 

 

 

 

 

 

 

Fidèle à ton intention, dans l’autoportrait surtout ne pas se regarder dans le blanc de l’œil, tu prends le parti d’un miroir liquide, noir, paradoxal, tu reproduis entre visage et paysage une identité toujours à naître, un sentiment de soi toujours menacé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En outre, par le moyen du hors-champ, tu fais l’hypothèse d’un fantôme, tu nous dit que c’est personne, celui qui se regarde dans un bol de café.

 

 

 

Ce matin, quand j’ai regardé mes propres traits avant de boire, c’était un autre. Rien qu’une ruse pour ne pas sortir de ton rêve, pour ne pas commencer la journée.

 

 

 

 

 

 

Au bout du compte, ces autoportraits dans le miroir d’un bol de café, on les croirait très près, très loin, ici et dans l’espace, comme les mouvantes empreintes de quelqu’un, c’est bien toi, la ressemblance y est qui se donne à voir en s’effaçant.

 

 

 

Oui, un fantôme, une absence, ça me plaît bien, car ainsi tu pièges notre regard, le vrai support, le seul sujet de ces peintures. Figurer notre regard, n’est-ce pas là ton ambition ?

 

 

 

J’ai l’impression que ces visages, dans l’évidement d’un bol, l’évidemment d’un bol, comme dirait l’autre, m’appellent de loin… »

 

 

 

 

 

 

Texte (de Francis Bérezné) et photogrammes extraits du film Dans le miroir d’un bol de café, de Gérald Dumour, produit par « La Joconde ».

 

 

Francis s’est pendu dans son atelier, il y a juste un mois. Il aurait eu 64 ans demain…

Il avait publié plusieurs livres, notamment La Mémoire saisie d’un tu, Le Dit du brut, La Vie vagabonde, J’entre enfin, À côté, à La Chambre d’écho.

 

Voir à son propos ici et , et encore .

 

Et son dernier texte, sur l’amitié dans la psychiatrie.

 

Ses amis sont invités à une soirée à sa mémoire, le mardi 30 novembre, à 20h, au Centre culturel de la Jonquière à Paris (88 rue de la Jonquière, 75017). Les projections du film de Gérald Dumour et d'un film réalisé par Francis, Anna Caméra, seront suivies d'une lecture d'extraits de ses écrits.

 

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