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Le Club de Mediapart lun. 29 août 2016 29/8/2016 Édition de la mi-journée

Du premier au dernier rayon du soleil

Ensemble éclectique, aventureux et se déclarant sciemment « entre les milieux », le Quatuor Béla n’est pas un quatuor à cordes comme les autres. Aussi, quand on se lance dans une journée intitulée « 7h48-19h43, une journée de musique du lever au coucher du soleil, avec le Quatuor Béla et ses amis », on peut être sûr d’en voir de toutes les couleurs.

© jesebbach

Ensemble éclectique, aventureux et se déclarant sciemment « entre les milieux », le Quatuor Béla n’est pas un quatuor à cordes comme les autres. Aussi, quand on se lance dans une journée intitulée « 7h48-19h43, une journée de musique du lever au coucher du soleil, avec le Quatuor Béla et ses amis », on peut être sûr d’en voir de toutes les couleurs. Promesses tenues, et même largement dépassées, au cours de cette journée coréalisée par le Centre Culturel de rencontre de l’Abbaye de Noirlac et la Maison de la Culture de Bourges.

 © Jérémie Szpirglas © Jérémie Szpirglas

Lorsqu’on arrive à Noirlac, vers 7h15, la nuit est encore noire. À l’accueil, le public arrive par grappes. On se salue, on se sourit, on fait un peu connaissance autour d’un café chaud. Une première complicité s’ébauche ici, qui ira crescendo jusqu’au soir. Puis on entre dans l’enceinte de l’Abbaye. Les premières lueurs de l’aube commencent à blanchir la pierre millénaire tandis que quelques bancs de brume finissent de caresser la lande alentour. Il fait froid et les ténèbres aiguisent tous les sens. Lorsqu’on pénètre dans le cloitre : on est accueilli par des sons planants qui se répondent d’un bout à l’autre de l’enclos de pierre et de verdure, encore plongé dans l’obscurité. Les musiciens sont là, qui esquissent les premiers gestes musicaux de la journée — gestes qui évoquent les expériences des américains Morton Feldman ou John Cage.

 

 © Jérémie Szpirglas © Jérémie Szpirglas
Après quelques pas dans cette atmosphère sonore entre chien et loup, on se dirige vers l’abbatiale — suivant en cela la règle cistercienne qui régit si longtemps la vie de Noirlac — pour le premier concert de la journée : une Messe de Guillaume de Machaut par l’ensemble Musica Nova. Sous la haute voute, le petit ensemble vocal sonne merveilleusement bien. Les mélismes du contrepoint s’entremêlent — entre fatigue et fascination, on n’essaie pas de les comprendre, d’en suivre les harmonies changeantes, on se laisse porter. Kyrie puis Gloria s’élèvent avec pudeur et majesté, tandis que la lumière du jour inonde peu à peu l’édifice, révélant la clarté de la pierre. C’est une beauté calme, magnifique, à la fois austère et fleurie.

Ite missa est. La messe est finie. Le concert aussi. Et un petit déjeuner est offert au public,

 © Jérémie Szpirglas © Jérémie Szpirglas
courageux et ravi — avant de faire un saut en avant de près de 6 siècles, avec trois programmes au choix : un concert Freaks, où le Quatuor Béla explore, non sans humour, ce que le contemporain peut offrir d’apparemment « monstrueux » (Lachenmann, Cendo, Scelsi, Cage…) dans un décor fantasmatique conçu par Basile Robert ; Voi(es) de territoire, conférence/concert/improvisation sur l’univers sonore des environs de Noirlac ; et un récital de la violoncelliste Noémi Boutin, mettant en  perspective les Suites nos. 1 pour violoncelle seul de Bach et Britten. C’est ce dernier concert auquel nous avons choisi d’assister, dans le réfectoire de l’Abbaye…

© jesebbach

Avec sa structure ponctuée de Canti (chants), la Suite no. 1 (1964) de Britten est à la fois un hommage et un renouvellement des formes baroques. Le compositeur y affectionne l’ellipse, esquissant prélude, fugue et bourdon, et, jusque dans sa référence à peine voilée à Bach, ne se dépare jamais d’un sourire malicieux.

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Puis la journée se poursuit, parfaitement, rythmée, ménageant temps de rencontre et de respiration, propositions exigeantes et pointues et spectacles plus poétiques et accessibles. Et, dans cette atmosphère conviviale et bon enfant, se tissent au sein du public des amitiés plus ou moins éphémères et profondes.

Ainsi de Rêvolutions du saxophoniste Akosh S. et du jongleur Jörg Müller : aux frontières du free jazz et du jonglage, c’est un cirque musical réinventé. Et ce n’est que le début des réinventions auxquelles on va pouvoir assister.

© jesebbach

Après un concert plus classique intitulé Bacchus, dans lequel le Quatuor Béla fait un parallèle osé entre le maximalisme minimal et ultra-rythmique du compositeur belge Walter Hus, né en 1959, et les savants contrepoints du Cantor de Leipzig (Bach-Hus, cherchez le jeu de mot) — concert qui, en passant, met magnifiquement à profit les qualités acoustiques de l’abbatiale —, l’après-midi met l’accent sur les petites formes, où l’imagination est reine. Improvisations, mêlant chanson et one-man-show, du performer Fantazio ou du violoniste Jean-François Vrod, esquisses, en solo ou en duo, de théâtre musical (la violoncelliste Noémi Boutin et le violoniste Frédéric Aurier, avec la complicité pleine d’humour du compositeur François Sarhan), ça part dans tous les sens. On ne sait où donner de la tête. Partout on trouve l’étonnement, le rêve, le rire… et la musique qui en est le ciment en même temps que la transcendance.

© jesebbach

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L’une de ces « propositions » — car c’est bien ainsi qu’il faut les désigner — n’est autre que le Quatuor no. 2 de György Ligeti, par le Quatuor Béla — qui nous en offre une interprétation sensible aussi bien qu’époustouflante : leur engagement, leur précision, et la force expressive de leur jeu, jusque dans des conditions aussi extrêmes de fatigue et de tension, montrent à qui pouvait en douter leur maîtrise confondante de la partition.

© jesebbach

D’autant qu’ils enchaînent, à peine une heure plus tard, sur le Retour sur le coissard balbutant, un spectacle poético-musical qu’ils ont imaginé avec Jean-François Vrod.

© jesebbach

© Frédéric Aurier, Jean-François Vrod, Quatuor Béla

Lorsque la journée se termine, sur le point d’orgue merveilleux de la Messe des prolations de Johannes Oeckeghem, que le soleil se couche en rougissant la pierre, que la fatigue revendique ses droits, on se sent changé par l’expérience. Comment, et à quel degré, nul ne saurait le dire, mais ce fut une journée inoubliable.

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> Abbaye de Noirlac, le 30 septembre 2012

> Une sortie CD consacrée à Ligeti est prévue chez Aeon à l'automne 2013: Le Quatuor Bela interprètera les Quatuors et Luc Dedreuil (violoncelliste du Quatuor Béla) complètera le volume par la Sonate pour violoncelle seul...

 © Jérémie Szpirglas © Jérémie Szpirglas

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