Chat perché et panthère noire

7896.jpg

C'est bien connu : un spectacle (un livre, un film, une expo) pour enfants réussi, c'est un spectacle qui présente plusieurs niveaux de lecture - pour les enfants, pour les ados, et (surtout) pour les adultes qui les accompagnent, et qui ne doivent en aucune manière s'ennuyer. C'est le tour de force qu'ont réussi le compositeur Jean-Marc Singier et Caroline Gautier, conceptrice, librettiste et metteuse en scène de Chat perché, opéra rural d'après Marcel Aymé, présenté en ce moment à l'Opéra Bastille...

7621.jpg

Le texte de Marcel Aymé, il est vrai, est une aide non négligeable à la réussite de ce petit bijou opératique. Mais les trouvailles de la partition (bourrée de références et de traits d'esprits, et parfaitement servie par l'ensemble 2E2M, spécialisé en musique contemporaine) et de la mise en scène de Caroline Gautier (qui mêle jeux, acrobaties, et danses, le tout avec un grand pouvoir de suggestion et une fantaisie véritable, toute en finesse) lui rendent parfaitement justice, de même que les différents chanteurs/comédiens/acrobates/danseurs qui se partagent la scène. À la manière des plus grands saltimbanques (au meilleur sens du terme), ces derniers touchent à tout d'ailleurs. Les deux acrobates qui incarnent Delphine et Marinette, Johanna Hilaire et Anne-Claire Gonnard, chantent entre deux galipettes (et ont pour l'occasion travaillé leurs voix en y cherchant une lumière enfantine et naïve, non dénuée d'un certain piquant coquin). Sylvie Althapard et Michel Hermon, chanteurs lyriques de leur état qui endossent quant à eux le rôle non moins malicieux des Parents, sautillent et dansent au besoin. Quant au contre-ténor Robert Expert et surtout au ténor Marc Molomot, ils se prêtent avec joie au jeu du Paon et du Cochon, de même que la soprano Sonia Bellugi, qui est une cousine Flora bêcheuse à souhait et un canard plein d'esprit. Quant au danseur Salomon Baneck-Asaro, on ne saurait rêver une plus féline panthère.

 

8043.jpg

La belle panthère...

Aurait-on oublié quelqu'un ? Ah oui : les musiciens de 2E2M ne se contentent pas de jouer, ils incarnent avec beaucoup d'humour les animaux de la basse cour - et on ne saurait ignorer le clin d'œil, tant à Pierre et le Loup qu'à Chantecler - le sax est une oie, la trompette une vache, le trombone un beau taureau, et j'en passe et des meilleurs...

Bref, si l'on ressent quelques longueurs dans certains numéros (et notamment celui de la vanité du Paon, dans la première partie du spectacle), le reste est une vraie partie de plaisir : un peu d'onirique et de ludique pour les enfants, une pincée de caricature pour les ados, un brin d'érotisme pour les parents - et beaucoup de poésie pour tout le monde !

> Opéra Bastille, jusqu’au 19 mars 2010

Crédits photos : Xavier Pinon / Opéra national de Paris

en complément, un petit reportage de France 3 lors des répétitions à Mâcon...


Découvrez Les Contes du Chat Perché en version rurale et musicale à l'opéra sur Culturebox !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.